[Vitrine du Cameroun] – Mort dans la nuit du 15 août, l’ancien directeur général du FEICOM aura passé près de vingt ans en détention après sa condamnation dans l’un des dossiers emblématiques de l’opération Épervier. Si la sanction pénale est connue, le montant effectivement récupéré par l’État à l’issue de la procédure reste, lui, difficile à établir publiquement.
Gérard Ondo Ndong est mort dans la nuit du 15 août, quelques mois seulement après sa sortie de prison, où il avait passé près de vingt ans. L’ancien directeur général du Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (FEICOM) disparaît ainsi après avoir été l’une des figures emblématiques des premières vagues de l’opération Épervier. Sa mort referme le parcours d’un homme lourdement condamné pour détournement de deniers publics, mais elle laisse entière une question centrale dans ce type de dossier : quelle part des sommes mises à sa charge a effectivement été récupérée par l’État ?
Arrêté en 2006 et condamné en 2007 à 50 ans de prison pour des faits de détournement de fonds publics, Gérard Ondo Ndong a finalement vu sa peine ramenée à 20 ans en 2013 par la Cour suprême. Des biens avaient également fait l’objet de mesures de saisie dans le cadre de la procédure. Mais, dans ce dossier emblématique, l’État n’a jamais rendu public, de manière suffisamment détaillée et vérifiable, un bilan permettant d’établir le montant effectivement recouvré et reversé au Trésor public.
C’est précisément là que se situe l’une des zones d’ombre persistantes de l’opération Épervier. La justice peut condamner, incarcérer et prononcer des mesures de confiscation ou de restitution. Mais la sanction pénale ne constitue pas, à elle seule, la réparation financière du préjudice subi par la collectivité. Entre le montant des détournements retenus par les juridictions, la valeur des biens saisis et les sommes effectivement récupérées, plusieurs étapes restent à documenter.
Le cas d’Ondo Ndong renvoie ainsi à une question plus large qui dépasse son seul parcours judiciaire. Depuis le lancement de l’opération Épervier, de nombreux responsables publics ont été poursuivis et condamnés pour des faits de corruption, de détournement ou de malversations. La détention des condamnés est visible. Le produit des condamnations financières et le montant réellement retourné aux finances publiques le sont beaucoup moins.
Près de vingt ans après les premières grandes arrestations, cette asymétrie nourrit une interrogation légitime sur le bilan financier de la lutte contre les détournements de deniers publics. Combien les procédures engagées ont-elles permis de récupérer ? Combien reste-t-il à recouvrer ? Quelle est la valeur des biens saisis, confisqués ou restitués ? Et, surtout, quelle part de ces sommes a effectivement rejoint les caisses de l’État ?
La disparition d’Ondo Ndong donne une nouvelle résonance à ces questions. L’ancien responsable du FEICOM aura passé une grande partie de ses dernières années derrière les barreaux. La sanction judiciaire, elle, est connue et mesurable : vingt ans de détention. Le bilan financier du dossier, en revanche, demeure difficile à établir publiquement.
C’est peut-être l’une des principales limites historiques de l’opération Épervier. Son bilan est généralement raconté à travers le nombre d’arrestations, les condamnations et les années de prison prononcées. Il reste à l’être davantage à travers les montants effectivement récupérés, les biens définitivement confisqués et les sommes réellement restituées à la collectivité.
Ondo Ndong s’éteint donc avec son histoire judiciaire. La question de l’argent public, elle, demeure. Et tant qu’un bilan exhaustif, documenté et vérifiable des sommes récupérées ne sera pas établi, le Cameroun continuera de connaître le coût pénal de l’Épervier sans disposer d’une mesure aussi claire de son rendement financier.

