SND30 : Les questions de genre et du bilinguisme restent difficiles à mesurer

[Vitrine du Cameroun] – Le rapport d’évaluation à mi-parcours de la SND30 recense plusieurs actions engagées dans la promotion du genre, du bilinguisme et du multiculturalisme. Mais il révèle aussi les limites du dispositif de suivi, avec des données statistiques actualisées insuffisantes pour le genre et l’absence d’indicateurs chiffrés dans le suivi du bilinguisme.
À mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), le Cameroun peine encore à mesurer précisément les progrès réalisés dans deux domaines pourtant inscrits parmi ses priorités, la promotion du genre et de l’équité ainsi que celle du bilinguisme, du multiculturalisme et de la citoyenneté. Le constat ressort du rapport d’évaluation à mi-parcours de la mise en œuvre de la SND30.
Dans le domaine du genre, le Comité national de suivi-évaluation (CNSE) recense plusieurs actions conduites dans le cadre de la Politique nationale du genre. Le rapport fait notamment état de 2 023 personnes, dont 1 146 femmes et 877 hommes, accompagnées dans le cadre du PAIRPPEV au ministère des Affaires sociales. Il mentionne également 18 333 personnes handicapées accompagnées vers la réinsertion économique, dont 8 460 femmes et filles.
Dans le secteur agropastoral, 255 247 producteurs ont été formés en 2022 dans le cadre du programme ACEFA. Les femmes représentaient 88 175 bénéficiaires, soit 33,7 %. Dans l’éducation, le taux brut de scolarisation des filles dans les Zones d’éducation prioritaires au secondaire est passé de 20,1 % en 2020 à 23,7 % en 2022. L’indice de parité garçons-filles dans le primaire est, pour sa part, passé de 0,81 à 0,9 sur la même période.
Mais ces données ne permettent pas de disposer d’une situation actualisée à mi-parcours. Le CNSE relève que les statistiques nécessaires au suivi de la Politique nationale du genre proviennent principalement de grandes enquêtes réalisées à une fréquence pouvant atteindre cinq ans. Les valeurs exactes de plusieurs indicateurs n’étaient ainsi pas disponibles en 2022.
Le rapport relève par ailleurs une progression des violences basées sur le genre, notamment dans les zones touchées par les crises sécuritaires. Il cite une étude de l’UNFPA selon laquelle 32 % des femmes en union ont subi au moins une forme de violence basée sur le genre de la part de leur conjoint.
Sur le plan institutionnel, des avancées sont toutefois enregistrées. En 2023, dix administrations sectorielles ont été accompagnées dans la prise en compte du genre dans leurs documents de préparation budgétaire. Le rapport cite également l’adoption de la Stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre 2022-2026 et du Plan d’actions national pour l’élimination des mutilations génitales féminines.
Le suivi du bilinguisme présente une autre difficulté. Dans la section consacrée à la promotion du bilinguisme, du multiculturalisme et de la citoyenneté, le rapport recense plusieurs activités menées entre 2020 et 2024, sans toutefois les accompagner d’indicateurs chiffrés permettant d’en mesurer les résultats.
Le document cite notamment l’organisation de la Semaine nationale du bilinguisme, des missions d’évaluation de l’application de la politique des langues officielles dans 38 départements ministériels, ainsi que des missions d’évaluation de la pratique du bilinguisme dans certaines administrations publiques.
Sur le multiculturalisme et le vivre-ensemble, le CNSE mentionne la surveillance des médias et des réseaux sociaux contre les discours de haine et la xénophobie, une plateforme de collaboration avec 14 organisations de la société civile représentant les dix régions, ainsi que l’évaluation du brassage culturel dans plusieurs institutions publiques.
Le rapport fait également état d’un avant-projet de loi sur le multiculturalisme transmis à la Présidence de la République et en attente de suite. Mais contrairement à d’autres secteurs de la SND30, aucune série d’indicateurs ne permet, dans cette section, d’apprécier quantitativement l’évolution des résultats.
Le rapport met ainsi en lumière une difficulté de suivi qui concerne clairement le genre et qui apparaît également dans la présentation du bilinguisme : les actions sont recensées, mais leur évolution reste difficile à apprécier lorsque les données statistiques ou les indicateurs de résultats ne sont pas disponibles.

