
Dans le cadre de son projet de renforcement de l’accès à l’éducation inclusive dans la région du Centre, l’association Promhandicam, avec l’appui de son partenaire Christian Blind Center (CBM), a organisé le mercredi 28 octobre 2026 à Yaoundé un atelier de formation destiné aux enseignants. L’objectif est de mieux les préparer à l’encadrement des enfants handicapés et à l’adaptation des pratiques pédagogiques dans les établissements scolaires.
Permettre aux enfants handicapés d’apprendre dans les mêmes conditions que leurs camarades, tout en tenant compte de leurs besoins spécifiques. C’est l’un des principaux enjeux de l’atelier de renforcement des capacités des enseignants organisé par Promhandicam dans sa salle de conférence à Yaoundé. Cette activité s’inscrit dans le projet P10630, intitulé « Renforcement de l’accès à l’éducation inclusive et l’autonomisation économique des personnes handicapées dans la région du Centre au Cameroun », mis en œuvre avec le soutien de CBM.
Destinée aux acteurs éducatifs du Mfoundi et de la Mefou-et-Afamba, cette formation a porté notamment sur la Conception universelle de l’apprentissage (CUA), une approche pédagogique visant à rendre les enseignements accessibles aux élèves présentant des besoins différents. Elle s’inscrit dans un programme qui prévoit également l’identification des besoins des établissements scolaires, l’acquisition de matériel didactique adapté et sa mise à disposition des écoles concernées.
Au cours de l’atelier, l’inspectrice pédagogique chargée de faciliter les échanges, Rachel Irène Amadagana, a insisté sur la nécessité de dépasser la simple intégration des enfants handicapés dans les établissements ordinaires pour parvenir à une véritable inclusion scolaire. « L’inclusion scolaire recommande que tous les enfants apprennent, tous, parce que c’est un droit pour tous les enfants, et ils apprennent tous dans les mêmes enceintes », a-t-elle expliqué.
Pour la facilitatrice, l’inclusion ne consiste pas uniquement à accueillir un enfant handicapé dans une salle de classe. Elle suppose également de lever les obstacles qui limitent sa participation aux activités scolaires. S’appuyant notamment sur la Déclaration de Salamanque et le quatrième Objectif de développement durable, consacré à une éducation de qualité, elle a rappelé que la scolarisation constitue un droit pour chaque enfant. « Pourquoi, à l’école, il doit être séparé des autres, alors qu’en famille, il vit avec tout le monde ? Demain, quand il sera un adulte, il sera avec tout le monde », a-t-elle interrogé, non sans inviter les participants à repenser leurs pratiques.
L’atelier de formation a été ponctué de présentations, des travaux de groupe et des exercices consacrés à l’adaptation des contenus d’enseignement et d’évaluation. Une place de choix a également été accordée à la découverte et à la manipulation de matériels didactiques spécialisés, ainsi qu’aux outils et technologies susceptibles de faciliter les apprentissages.
Des enseignants confrontés au manque de matériel et de formation
Pour les enseignants, l’éducation inclusive représente déjà une réalité quotidienne, mais sa mise en œuvre reste confrontée à plusieurs difficultés. Armelle Ntyam, institutrice à l’école publique de Bitotol, à Nkoabang, explique accueillir dans ses classes des enfants présentant différents besoins spécifiques. Une situation qui nécessite des ajustements pédagogiques et un accompagnement particulier. « Nous avons des enfants handicapés et des enfants normaux dans une même salle de classe. Ce n’est pas évident pour la dispensation des cours. Très souvent, nous manquons de matériel adéquat pour cela », témoigne-t-elle.
L’enseignante souligne également la nécessité de multiplier les sessions de formation pour permettre au personnel éducatif de mieux comprendre les différentes formes de handicap et d’adapter les méthodes d’enseignement. « Nous avons besoin de plus de formations. Ça va permettre à ce que les enseignants prennent soin de ces enfants qui sont handicapés et également ne pas oublier ceux qui sont normaux », ajoute l’éducatrice.
Dans son établissement, Armelle Ntyam affirme déjà encourager les autres élèves à accepter leurs camarades présentant des besoins spécifiques, à jouer avec eux et à ne pas les isoler. Elle reconnaît toutefois que certaines situations restent difficiles à gérer, particulièrement lorsque les enseignants ne disposent pas des outils nécessaires.
De son côté, André Nyna Akouma, enseignant à l’école publique d’Olezoa, salue la continuité de l’accompagnement proposé par Promhandicam et son partenaire. « Grâce à Promhandicam et à son partenaire CBM, j’ai été outillé sur les réalités de l’éducation inclusive. Ce n’est pas la première fois que je suis ces ateliers et je remercie Promhandicam pour la continuité. Aujourd’hui, c’est moi qui suis chargé de la mise en œuvre de l’éducation inclusive à l’école publique d’Olezoa où j’exerce », confie-t-il au micro de Vitrine du Cameroun. Pour lui, il est capital d’aasurer le suivi des enseignants formés, au-delà des seules sessions de sensibilisation.
Vers des pratiques pédagogiques mieux adaptées
Le projet de renforcement de l’accès à l’éducation inclusive dans la région du Centre le projet s’est donné pour cheval de bataille de répondre à plusieurs obstacles qui freinent encore la scolarisation des enfants handicapés au Cameroun. Parmi ceux-ci figurent l’inadaptation des infrastructures, l’insuffisance de matériel pédagogique spécialisé, le manque de formation des enseignants et les difficultés liées à l’environnement scolaire.
L’intervention de Promhandicam repose ainsi sur deux volets complémentaires : l’amélioration de l’accès aux équipements didactiques adaptés et le renforcement des compétences pédagogiques des enseignants. Les formations doivent notamment permettre aux participants de mieux identifier les besoins des élèves présentant des handicaps visuels, auditifs, moteurs ou intellectuels, et d’adapter leurs stratégies d’enseignement et d’évaluation.
À travers cette initiative, Promhandicam et CBM entendent contribuer à la construction d’un environnement scolaire dans lequel les enfants handicapés peuvent apprendre aux côtés des autres élèves, sans être exclus en raison de leurs différences. Pour les enseignants interrogés, la réussite de cette démarche dépendra notamment de la poursuite des formations, de la disponibilité du matériel adapté et de l’accompagnement des établissements dans la durée.
