
Économie circulaire : Le Cameroun veut transformer ses déchets et ressources en nouvelles chaînes de valeur
Présentée au Forum mondial de l’économie circulaire à Gandhinagar, la feuille de route camerounaise 2025-2035 entend structurer quatre filières prioritaires et orienter les investisseurs vers des projets capables de valoriser davantage les ressources agricoles, forestières et urbaines.
Le Cameroun entend désormais inscrire l’économie circulaire dans sa stratégie de transformation productive. À la 10e édition du Forum mondial de l’économie circulaire, organisée du 15 au 18 septembre 2026 à Gandhinagar, en Inde, la Banque africaine de développement (BAD) a appelé les pays africains à accroître leurs investissements dans ce secteur pour soutenir l’industrialisation, sécuriser les approvisionnements et créer des emplois.
Membre de l’Alliance africaine pour l’économie circulaire (ACEA), le Cameroun y a présenté sa feuille de route nationale comme un cadre destiné à mieux structurer les projets et à faciliter leur accès aux investisseurs. L’outil a été élaboré avec l’appui de la Facilité africaine pour l’économie circulaire (ACEF), administrée par la BAD, et officiellement lancé à Yaoundé le 22 mai 2026.
Quatre filières prioritaires
La feuille de route couvre la période 2025-2035. Elle s’articule autour de 32 objectifs et 102 actions dans quatre secteurs prioritaires, l’agro-industrie, la gestion des déchets, la production plastique et la filière forêt-bois. Le document doit notamment favoriser la valorisation des ressources, l’émergence de nouvelles chaînes de valeur et la création d’emplois verts.
L’approche dépasse ainsi la seule gestion des déchets. Elle vise à réduire les pertes de matières, prolonger leur utilisation et créer de nouvelles activités autour du réemploi, de la transformation et de la valorisation des ressources. Pour le Cameroun, l’enjeu est désormais de transformer les orientations de la feuille de route en projets suffisamment structurés pour attirer des capitaux.
Cette logique était également au cœur des échanges de la BAD à Gandhinagar. L’institution a présenté l’ACEF comme un outil destiné à soutenir les réformes et à constituer un portefeuille de projets susceptibles d’intéresser les investisseurs.
Des opportunités encore largement sous-exploitées
Le potentiel économique reste important. Le Cameroun génère plus de six millions de tonnes de déchets chaque année, selon la BAD, alors qu’une partie importante de cette matière n’est pas encore valorisée. L’enjeu porte donc autant sur la réduction des coûts environnementaux que sur la création d’activités nouvelles.
À l’échelle africaine, la deuxième cohorte du programme AfriCircular Innovators doit accompagner 120 entreprises en Angola, au Bénin, à São Tomé-et-Príncipe et au Zimbabwe. Le dispositif prévoit notamment de renforcer leur préparation à l’investissement et leur accès aux réseaux et aux marchés.
Le potentiel mondial donne une idée de la valeur en jeu. Le Circularity Gap Report 2026 estime à 25,4 trillions d’euros la valeur économique annuelle potentiellement perdue du fait d’une utilisation inefficiente des ressources, de l’obsolescence prématurée, des déchets et de la dégradation des actifs. Le rapport présente cette estimation comme une première mesure du « Value Gap » et précise qu’elle ne constitue pas un gain garanti, mais un potentiel de valeur à préserver ou récupérer.
Pour le Cameroun, le prochain enjeu sera donc moins l’adoption du cadre stratégique que son exécution. La capacité à faire émerger des projets bancables, à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à mobiliser les entreprises déterminera la portée économique réelle de la feuille de route.








