[Vitrine du Cameroun] – Pays charnière de l’Afrique Centrale, le Cameroun est au bord d’une crise alimentaire notoire. Le Réseau d’alerte précoce contre la famine (FEWS NET) révèle que la convergence dévastatrice des conflits persistants, l’instabilité post-électorale et une inflation galopante menacent directement la survie de près de 2 millions de personnes. De l’Extrême-Nord aux régions anglophones, en passant par les centres urbains de Yaoundé et Douala, la précarité s’installe durablement. Une situation d’autant plus critique que les prix des denrées ont bondi de près de 30 % par endroits, tandis que le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte sur un déficit de financement qui pourrait paralyser l’aide humanitaire vitale d’ici mai 2026.
Le Cameroun fait face à une urgence humanitaire sans précédent. Selon les dernières projections du Réseau d’alerte précoce contre la famine (FEWS NET), entre 1,5 et 1,99 million de Camerounais nécessiteront une assistance alimentaire d’urgence d’ici mai 2026.
Ce cri d’alarme émis par l’ONG américaine met en lumière la confluence dévastatrice des conflits prolongés, de l’instabilité politique et d’une inflation galopante qui érode le pouvoir d’achat des ménages les plus vulnérables du pays.
Des foyers de crise aux grandes métropoles
Les données de suivi de FEWS NET, couvrant la période de novembre 2025 à mai 2026, signalent des niveaux d’insécurité alimentaire classés en phases de Stress et de Crise (Phases 2 et 3 de l’IPC) qui se généralisent.
La crise est principalement alimentée par la persistance des hostilités dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Néanmoins, l’insécurité alimentaire ne se limite plus aux foyers de crise : la région de l’Adamaoua et, fait notable, les centres économiques majeurs de Yaoundé et Douala sont également touchés. L’ONG anticipe une montée en puissance des besoins, qui devraient atteindre leur pic entre mars et mai, correspondant à la période de soudure dans la zone méridionale.
L’inflation, un facteur aggravant de premier plan
L’une des principales causes de cette détérioration est la flambée des prix des denrées de base. Les pénuries d’approvisionnement dans les zones de conflit, combinées à la hausse des coûts du carburant et du transport, maintiennent les prix nettement au-dessus de la moyenne des cinq dernières années, asphyxiant le pouvoir d’achat des populations.
Une onde de choc a particulièrement frappé les marchés urbains entre octobre et novembre. À Yaoundé et Douala, le prix du maïs, des tubercules, de l’huile de palme, des arachides et de la viande bovine fraîche a bondi de près de 30 % en moyenne par rapport à septembre. Cette hausse spectaculaire est directement liée aux perturbations logistiques et aux phénomènes de pénurie artificielle observés durant les mouvements de protestation post-électoraux.
Le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, sous pression maximale
La situation reste particulièrement critique dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où l’état de Crise devrait perdurer. Les affrontements récurrents entre groupes séparatistes et forces gouvernementales continuent de paralyser l’approvisionnement des marchés.
Les ménages, ayant épuisé leurs stocks, sont de plus en plus tributaires de marchés où les prix sont devenus exorbitants. Sur le marché urbain de Bamenda, le prix du maïs en novembre dépassait de 25 % la moyenne quinquennale. FEWS NET s’inquiète surtout des zones les plus reculées — Donga-Mantung, Momo, Bui, Lebialem et Menchum — où une petite, mais croissante, proportion de la population pourrait basculer vers une situation d’Urgence (Phase 4), l’échelon précédant la famine, durant la prochaine période de soudure.
L’aide humanitaire menacée par le manque de fonds
Pour couronner le tout, la capacité d’intervention humanitaire est elle-même en péril. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a tiré la sonnette d’alarme, révélant un besoin critique de financement de 40 milliards de FCFA pour ses opérations au Cameroun en 2026. Sans cette mobilisation de fonds, l’aide alimentaire vitale pourrait s’interrompre.
Cette menace survient à un moment où les capacités d’absorption et d’adaptation des ménages sont au plus bas, soulevant la crainte d’une crise humanitaire majeure et simultanée à l’affaiblissement des dispositifs d’assistance essentiels.




