[Vitrine du Cameroun] – L’unité de façade du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) vole en éclats. Dans un mémorandum cinglant daté du 23 décembre 2025, Joseph Thierry Okala Ebodé, figure historique et membre fondateur du parti, remet radicalement en cause la régularité de la Convention extraordinaire tenue en ligne deux jours plus tôt. Entre « irrégularités substantielles » et « silence total » sur l’éligibilité du candidat élu, le cadre du parti demande un sursis à l’application des résultats.
Le MRC est-il au bord de l’implosion juridique ? C’est ce que laisse suggérer la sortie fracassante de Joseph Thierry Okala Ebodé. L’actuel Secrétaire National à la Réforme et à la Modernisation de l’État n’y va pas avec le dos de la cuillère : il conteste officiellement le procès-verbal de la Convention extraordinaire du 21 décembre 2025 qui a entériné le maintien de Maurice Kamto à la tête de la formation politique.
Le premier grief soulevé par Okala Ebodé porte sur la nature même de l’élection. Selon lui, le procès-verbal issu de cette convention organisée en visioconférence ne permet ni d’identifier un corps électoral régulier, ni de garantir la traçabilité individuelle du vote. Pour le signataire, les chiffres avancés ne reposeraient sur aucune base vérifiable, ce qui rend les données finales totalement inexploitables sur le plan juridique.
Plus grave encore, le mémorandum souligne un contexte administratif particulièrement précaire. Okala Ebodé rappelle avec force qu’un arrêté du Sous-préfet de Yaoundé IV, daté du 27 novembre 2025, avait formellement interdit la convention physique prévue à Odza pour menace grave de trouble à l’ordre public. Il soutient que le passage forcé au format numérique, sans autorisation administrative explicite pour cette modalité alternative, fragilise la légalité même de l’acte et expose le parti à une insécurité juridique majeure.
Le « silence » troublant sur l’éligibilité de Maurice Kamto
C’est sans doute le point le plus explosif du document : la question de l’éligibilité du candidat proclamé élu. Joseph Thierry Okala Ebodé pointe du doigt un silence total du procès-verbal sur plusieurs points critiques qui auraient dû, selon les statuts, invalider la candidature de Maurice Kamto. Il évoque notamment une prétendue démission du parti intervenue en juin 2025, une interruption d’ancienneté ainsi que le non-respect de l’article 29 alinéa b des Statuts du mouvement.
L’auteur de la contestation s’interroge avec gravité sur le fondement statutaire précis ayant permis de juger cette candidature recevable, alors que la qualité de membre fondateur et la preuve de cette qualité resteraient dans le flou. Pour lui, ce manque de transparence constitue une faiblesse majeure qui évite soigneusement la question centrale de la légitimité du leader.
Vers une bataille judiciaire interne
Pour Okala Ebodé, la Convention du 21 décembre est entachée d’une confusion volontaire entre une convention extraordinaire, dont l’objet est déterminé, et une convention élective qui devrait être clairement encadrée. Il conclut à un vice de forme classique et affirme porter cette démarche en responsabilité propre, tout en précisant qu’elle fait écho aux préoccupations convergentes de nombreux autres militants du MRC.
Cette sortie intervient dans un climat politique déjà électrique au Cameroun. En s’attaquant directement aux fondements juridiques de la reconduction de Maurice Kamto, Joseph Thierry Okala Ebodé ouvre une brèche inédite. Reste à savoir si cette démarche trouvera un écho auprès des instances de médiation du parti ou si elle marquera le début d’une purge interne ou d’un long contentieux judiciaire à l’approche des prochaines échéances électorales nationales. Le directoire du MRC, pour l’heure, n’a pas encore réagi officiellement à ces accusations.




