Politique

Diplomatie religieuse : Quand Paul Biya intensifie la présence russe sur territoire camerounais

[Vitrine du Cameroun] – Sous le couvert d’un décret présidentiel régularisant huit associations cultuelles, le régime de Yaoundé entérine l’entrée officielle du patriarcat de Moscou sur son sol. Derrière cette reconnaissance de l’Église orthodoxe russe se dessine une stratégie de pénétration idéologique destinée à consolider les accords de défense signés en 2022 et à offrir un ancrage social aux ambitions du Kremlin en Afrique centrale.

Un prolongement de l’accord de défense

L’implantation de cette structure s’inscrit dans la suite de l’accord de défense signé entre Yaoundé et Moscou en avril 2022. Tandis que la coopération militaire assure le volet sécuritaire, l’Église orthodoxe déploie le volet idéologique. Ce vecteur d’influence offre à la Russie un canal de pénétration sociétale. Contrairement aux circuits diplomatiques, l’institution s’insère au cœur des communautés et diffuse un discours axé sur la souveraineté et la protection des valeurs traditionnelles, en rupture avec les modèles occidentaux.

L’entrée en scène du patriarcat de Moscou illustre une méthode éprouvée en République centrafricaine et au Sahel. L’Exarchat africain de l’Église russe y accompagne le renforcement des liens politiques et militaires. Au Cameroun, cette légalisation permet à Moscou de stabiliser sa présence sans dépendre des seuls contrats d’armement ou des secteurs extractifs. L’appareil religieux fonctionne comme un complément au dispositif Africa Corps, assurant une base sociale à la présence paramilitaire et technique russe.

La religion comme instrument de realpolitik

Paul Biya utilise cette reconnaissance comme un levier de régulation. En introduisant un partenaire lié à une puissance nucléaire dans le paysage confessionnel, la présidence fragmente les zones d’influence étrangères. Cette décision installe une présence russe durable, protégée par le droit, transformant les lieux de culte en avant-postes d’une diplomatie nouvelle. L’Église devient le socle d’un ancrage structurel au cœur du golfe de Guinée.

Le droit camerounais offre à Moscou un accès direct à la formation des cadres et à la diffusion de normes culturelles. Ce choix de régulation sélective permet à l’exécutif de diversifier ses partenaires extérieurs hors des voies conventionnelles. La signature de ces décrets, incluant des entités comme la *Winner Chapel International* ou la *Communauté Missionnaire Chrétienne Internationale*, sert de paravent à une reconfiguration des rapports de force.

Vers un front commun idéologique

La reconnaissance juridique stabilise l’implantation russe au-delà des interventions des sociétés de sécurité privées. L’approche repose sur une convergence de vues face aux pressions sociétales internationales. L’institution religieuse dispose d’un accès aux couches sociales profondes, facilitant la transmission de messages politiques et le contournement des circuits d’aide classiques.

Pour Yaoundé, l’intégration de cet acteur participe d’une volonté de neutralité active dans le conflit d’influence en zone CEMAC. Ce rééquilibrage, par la juxtaposition de mouvements d’origine anglo-saxonne et de l’organisme russe, maintient un équilibre des forces. Cette fragmentation empêche l’émergence d’un bloc confessionnel unique capable de contester l’autorité politique. L’expansion russe ne suit plus seulement les routes des hydrocarbures ; elle emprunte les voies de la foi pour asseoir une influence structurelle.

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La Rédaction

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