[Vitrine du Cameroun]- La Librairie des Peuples Noirs, haut lieu de la pensée fondé par l’écrivain Mongo Beti, a accueilli le samedi 8 août 2026 la cérémonie de dédicace de Le parfum des jours difficiles, premier roman de François Gaël Mbala. Éditée par les éditions Akoma Mba, cette œuvre destinée à la jeunesse aborde, à travers le destin d’une jeune Camerounaise, des problématiques sociales toujours d’actualité, entre violences faites aux femmes, tribalisme, résilience et pouvoir de l’éducation.
Si François Gaël Mbala marque son entrée officielle dans le monde de la littérature à la faveur de cette publication, l’écriture accompagne néanmoins son parcours depuis de nombreuses années. Journaliste de presse écrite, rédacteur en chef du magazine L’Économie International, double diplômé en communication et en lettres modernes françaises, l’auteur entretient depuis toujours une relation privilégiée avec les mots, qu’il mobilise aussi bien pour raconter l’actualité que pour construire des récits de fiction.
Un roman qui raconte les blessures d’une jeunesse en quête d’avenir
Chargé de présenter l’œuvre au public, l’inspecteur pédagogique et critique littéraire Serge Nkomo a souligné la portée sociale d’un récit qu’il juge profondément ancré dans les réalités camerounaises. Loin des personnages extraordinaires, l’héroïne, Esther, est le reflet d’une jeunesse ordinaire confrontée aux vicissitudes de la vie. « Esther n’est ni une super-héroïne, ni un personnage lointain, mais elle est la fille de ta voisine, ta sœur, ta camarade, ton amie et peut-être même toi-même », résume le critique.
Brillante élève, la jeune fille voit son avenir basculer lorsqu’elle refuse les avances de son enseignant, M. Zanga. En représailles, celui-ci organise sa suspension des examens officiels en lui faisant porter la responsabilité d’une prétendue tricherie. Ce premier drame ouvre une succession d’épreuves : une tentative de viol perpétrée par un proche de sa famille, la maladie de son père, les difficultés financières, les préjugés tribaux auxquels se heurte sa relation avec Peter, un jeune médecin originaire du Nord-Ouest, puis les rivalités professionnelles qui menacent ce dernier.
Pour Serge Nkomo, le récit dépasse largement le cadre de la fiction. « Le Parfum des jours difficiles a le mérite de dire tout haut ce que nous autres vivons tout bas », affirme-t-il.
Au fil de son intervention, le critique a mis en évidence les principaux messages portés par le roman. L’ouvrage défend d’abord le droit des jeunes filles à l’éducation face aux violences et aux discriminations qui compromettent encore leur parcours scolaire. Il s’attaque également au tribalisme, illustré par le rejet initial de Peter en raison de ses origines anglophones, avant de montrer que les préjugés peuvent être dépassés. La question du pardon, de la résilience et du vivre-ensemble irrigue également l’ensemble du récit, tout comme un plaidoyer discret en faveur du bilinguisme, symbolisé par le parcours universitaire d’Esther.
Au-delà des thématiques abordées, Serge Nkomo a salué une écriture accessible et un rythme soutenu, où chaque chapitre est une nouvelle bataille menée par l’héroïne. À ses yeux, l’ouvrage possède toutes les qualités pour toucher un large public, en particulier les jeunes lecteurs. Il estime même que le roman pourrait légitimement intégrer les programmes scolaires, tant les problématiques qu’il soulève demeurent actuelles : éducation de la jeune fille, harcèlement sexuel, tribalisme, jalousie en milieu professionnel ou encore résilience.
Une histoire inspirée d’une blessure familiale
Si le roman relève de la fiction, son point de départ est profondément personnel. Prenant la parole devant l’assistance, François Gaël Mbala a révélé que l’histoire trouve son origine dans un drame vécu par sa propre famille.
« C’est l’histoire de ma mère. Esther est son prénom. Ma mère était une fille très brillante, née dans la pauvreté. Grâce à ses performances scolaires et aux bourses qu’elle obtenait régulièrement, son parcours se déroulait sans interruption jusqu’à ce qu’un prédateur sexuel décide d’y mettre fin. Après avoir refusé ses avances, il a, par des manœuvres dolosives, brisé ses rêves alors qu’elle était en classe de troisième », confie d’une voix empreinte d’émotion, l’auteur à l’auditoire.
La première version du manuscrit, rédigée dès 2014, constituait ainsi une manière de panser cette « plaie familiale ». Mais dans la fiction, François Gaël Mbala choisit d’offrir à son héroïne un destin différent de celui de sa mère. Esther reprend ses études, devient traductrice et épouse Peter, le jeune médecin qui l’a soutenue dans les moments les plus difficiles.
Ce dénouement heureux n’est pas un simple choix narratif. Il sied mieux au message que Mbala souhaite véhiculer. Grâce à l’espoir qui doit rester à nos côtés par temps de difficultés tel un parfum agréable, on peut surmonter les obstacles les plus titanesques et atteindre ses rêves.

