Capitaine Effoudou

[Vitrine du Cameroun] – L’ancien officier de renseignement Effoudou Awussi Kenneth Romuald, plus connu sous le nom de capitaine Effoudou, a une nouvelle fois haussé le ton contre des figures du paysage médiatique camerounais. Dans un nouvel extrait de son entretien avec le journaliste Morgan Palmer, diffusé dans l’émission Masterclass, l’ex-officier affirme « connaître très bien » les « manigances » de trois directeurs de publication qu’il accuse de recevoir de l’argent de personnalités établies à la Présidence de la République. Il promet de leur consacrer une émission « spécialement ».

Le capitaine Effoudou cite nommément Jacques Blaise Mvié, directeur de publication de l’hebdomadaire La Nouvelle, Paul Ngouaré Kindi, directeur de publication de Réalités Plus, lui aussi coutumier des polémiques médiatiques. Il cite également un troisième nom, Dieudonné Mveng, patron de Info TV.

Effoudou n’apporte, dans cet extrait, aucun document ni élément matériel à l’appui de ses propos. Il se contente d’affirmer savoir « pour qui » ces journalistes « roulent » et connaître les « sommes » qu’ils percevraient, une accusation grave de corruption qui, à ce stade, n’engage que son auteur.

Info TV, encore visée

Relancé par Morgan Palmer sur l’identité des propriétaires de la chaîne concernée, le capitaine Effoudou désigne Info TV, présentée comme ayant été « créée pour faire concurrence à Vision 4 », et affirme qu’elle appartiendrait au ministre secrétaire général de la Présidence Ferdinand Ngoh Ngoh et à Philippe Mbarga Mboa, un proche de ce dernier.

Effoudou en profite pour relancer une polémique plus ancienne. Il affirme que l’analyste politique Valère Bessala, connu pour ses interventions remarquées dans les débats télévisés, aurait été « muselé » lors d’une émission consacrée à son cas sur cette chaîne, parce que ses analyses risquaient de « heurter les intérêts » des propriétaires supposés du média.

Cette sortie s’inscrit dans une série d’interventions choc entamée le 24 juillet 2026, lorsque le capitaine Effoudou a rompu, après trois ans de silence, un exil européen consécutif à sa radiation de l’armée camerounaise le 13 mars 2024 pour désertion en temps de paix. Ancien chef du bureau d’enquête et de renseignement à l’État-major particulier du président Paul Biya, il affirme avoir fui le pays après avoir dénoncé, en interne, un projet de coup d’État qu’il attribue à Ferdinand Ngoh Ngoh.

Depuis, dans une série d’entretiens avec Morgan Palmer, il a notamment désigné Ferdinand Ngoh Ngoh comme le « commanditaire » de l’assassinat en 2023 du journaliste Martinez Zogo, qualifié le vice-amiral Joseph Fouda de « général bandit », accusé le colonel Didier Badjeck de tentative de viol, et mis en cause plusieurs opérateurs économiques, dont Paul Kammogne Fokam, fondateur d’Afriland First Bank. Aucune de ces accusations n’a, à ce jour, été établie par une décision de justice ou confirmée par une source indépendante.

Prudence des institutions et risques juridiques

Face à cette avalanche de révélations, la Chambre nationale des experts criminels du Cameroun (CNECC) a annoncé l’ouverture d’investigations, tout en soulignant que le capitaine Effoudou n’a « produit publiquement le moindre élément de preuve » et en appelant médias et citoyens à privilégier « les faits établis plutôt que les allégations non vérifiées ». La plupart des personnalités mises en cause depuis le début de cette séquence n’ont pas répondu publiquement aux accusations qui les visent.

Des observateurs relèvent par ailleurs que le capitaine Effoudou et le journaliste Morgan Palmer, qui diffuse ces entretiens, s’exposent potentiellement à des poursuites pour diffamation ou propagation de fausses nouvelles, aussi bien au Cameroun qu’en France, où l’ex-officier réside en exil.

Le capitaine Effoudou a d’ores et déjà annoncé vouloir poursuivre ses révélations dans de prochaines interventions, promettant notamment de nouveaux éléments sur l’affaire Martinez Zogo. Cette nouvelle salve contre des directeurs de publication marque toutefois une inflexion : pour la première fois, ce ne sont plus seulement des responsables politiques, militaires ou des hommes d’affaires qui sont visés, mais des acteurs du paysage médiatique camerounais lui-même.

?s=32&d=mystery&r=g&forcedefault=1 Cameroun : Le capitaine Effoudou étend ses accusations à la presse, vise trois directeurs de publication et pointe Info TV
Alphonse Dupont

Journaliste, correspondant de <em>Vitrine du Cameroun</em> en France.