Trophée des Lionnes : Le protocole invoqué par le MINSEP résiste mal aux textes

[Vitrine du Cameroun] – Entre la FECAFOOT et le ministère des Sports, le trophée remporté par les Lionnes Indomptables ouvre un nouveau front institutionnel. Alors que la Fecafoot souhaitait le présenter au ministre des Sports, celui-ci a opposé les usages protocolaires et les prérogatives du chef de l’État. Une lecture que les textes régissant les sélections nationales permettent de nuancer.
Le courrier adressé le 18 août 2026 par la Fecafoot au ministre des Sports était pourtant précis. Samuel Eto’o sollicitait une audience afin qu’une délégation de la fédération présente officiellement le trophée remporté par les Lionnes, en qualité de premier responsable de la tutelle technique du sport camerounais.
La réponse du ministre, datée du 19 août, oppose à cette demande « la prérogative et le privilège solennel » du président de la République de recevoir les Lionnes et de se voir présenter le trophée. Le ministre invoque également les instructions du chef de l’État et la nécessité de respecter l’ordonnancement protocolaire.
Cette position trouve un fondement dans le rôle institutionnel de l’État, mais elle présente une limite de taille lorsqu’elle est confrontée aux textes spécifiques qui régissent le football camerounais.
Le décret n°2014/384 du 26 septembre 2014 est sans ambiguïté. Son article 2 inclut la sélection féminine A parmi les sélections nationales de football. Surtout, son article 3 dispose que « la gestion administrative, sportive et technique des sélections nationales de football relève de la compétence de la FECAFOOT ». Le même article prévoit une gestion financière conjointe entre l’État et la Fédération.
Le texte va plus loin. L’article 4 confie au président de la FECAFOOT la nomination du coordonnateur général chargé de la coordination administrative, sportive et technique des sélections. L’article 18 attribue par ailleurs à la FECAFOOT la gestion de l’image des sélections nationales.
La loi n°2018/014 du 11 juillet 2018 confirme cette architecture. Elle place certes les fédérations sous la tutelle de l’État, mais leur reconnaît également une mission dans la préparation et la gestion des équipes nationales, en relation avec le ministère chargé des Sports.
Reste alors l’argument protocolaire. Le décret n°76/424 du 16 septembre 1976 fixe les règles applicables aux cérémonies publiques, aux préséances et aux honneurs civils et militaires. Mais ce texte, dans les dispositions accessibles, organise l’ordre protocolaire sans établir que tout trophée remporté par une sélection nationale devrait être présenté exclusivement au chef de l’État.
La nuance est essentielle. Le chef de l’État peut parfaitement être le destinataire de la cérémonie officielle organisée par la République. Mais cette prérogative ne semble pas, à elle seule, interdire à la FECAFOOT de solliciter une audience auprès de son ministère de tutelle.
En définitive, les textes consacrent deux responsabilités distinctes. L’État assure la politique sportive et la tutelle. La FECAFOOT assure la gestion des sélections nationales de football. Le refus ministériel peut donc se justifier par l’existence d’une cérémonie présidentielle déjà arrêtée. Il est en revanche plus difficile de soutenir qu’un quelconque « ordre protocolaire » ferait juridiquement obstacle, par principe, à la présentation du trophée au ministre.
Le débat dépasse ainsi la seule Coupe d’Afrique féminine. Il remet une nouvelle fois en lumière une question non résolue dans la gouvernance du football camerounais : où s’arrête la tutelle de l’État et où commence l’autonomie de la FECAFOOT ?

