Conseil constitutionnel : Clément Atangana, huit ans au cœur des scrutins contestés
8 mins read

Conseil constitutionnel : Clément Atangana, huit ans au cœur des scrutins contestés

À 85 ans, le magistrat qui avait présidé le Conseil constitutionnel depuis sa mise en place effective en 2018 disparaît après avoir arbitré deux élections présidentielles et incarné une institution au cœur des controverses politiques.

Clément Atangana, président du Conseil constitutionnel du Cameroun, est décédé le dimanche 4 octobre 2026 en France, à l’âge de 85 ans, alors qu’il y recevait des soins. Selon les informations de Vitrine du Cameroun, il est mort vers 5h22 à l’Hôpital américain de Paris. Il avait auparavant été hospitalisé plusieurs semaines à Yaoundé avant son évacuation sanitaire vers l’Europe.

La disparition du premier président du Conseil constitutionnel ouvre une nouvelle période pour une institution qui, depuis son installation effective en 2018, s’est retrouvée au centre des principales séquences électorales et institutionnelles du pays.

Un magistrat avant le Conseil constitutionnel

La carrière de Clément Atangana dépasse largement les huit années passées à la tête du Conseil constitutionnel. Une fiche biographique des Nations unies établie dans le cadre de sa candidature au Comité des droits économiques, sociaux et culturels retrace une partie de ce parcours.

Né le 20 septembre 1941, il entre dans la magistrature au début des années 1970. Il exerce successivement comme président de tribunaux à Eséka, Bafia, Mora, Sangmélima et Yaoundé, avant de rejoindre la Chancellerie comme directeur adjoint des affaires judiciaires et du sceau. Il devient ensuite procureur général près la Cour d’appel du Nord, à Garoua, puis président de la Cour d’appel du Centre.

Son parcours judiciaire le conduit ensuite à la Cour suprême, où il exerce notamment à la Chambre administrative. En parallèle, il acquiert une expérience internationale dans le domaine des droits humains. Il est observateur au Comité contre la torture à Genève de 1993 à 1995, puis membre du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies à partir de 1999.

Cette expérience internationale complète un parcours marqué par le contentieux administratif et électoral. En 1997, il préside notamment la commission nationale de recensement général des votes pour les élections législatives et présidentielle.

C’est ce magistrat de carrière que Paul Biya nomme, le 7 février 2018, à la tête du Conseil constitutionnel. À 77 ans, Clément Atangana devient le premier président de cette institution créée par la révision constitutionnelle de 1996, mais restée sans mise en place effective pendant plus de deux décennies.

Deux présidentielles et un mot resté dans les mémoires

À la tête du Conseil constitutionnel, Clément Atangana préside les audiences relatives aux élections présidentielles de 2018 et de 2025. Les deux scrutins sont marqués par des contestations de l’opposition.

Le contentieux électoral de 2018 contribue particulièrement à installer son nom dans le débat public. Plusieurs recours sont rejetés, notamment pour irrecevabilité. Le terme « irrecevable », régulièrement prononcé lors des audiences publiques, finit par lui être associé dans une partie de l’opinion.

En 2025, le Conseil constitutionnel est de nouveau saisi de recours contestant notamment la candidature de Paul Biya et, après le scrutin, les résultats de l’élection présidentielle. Le 27 octobre, Clément Atangana proclame la réélection de Paul Biya avec 53,66 % des suffrages. Issa Tchiroma Bakary, crédité de 35 %, conteste le résultat et dénonce une « mascarade ».

Le Conseil constitutionnel reste également sollicité sur des questions directement liées à l’exercice du pouvoir présidentiel. Début 2026, il se déclare ainsi incompétent pour examiner une demande de révocation du chef de l’État déposée par Olivier Bilé.

Une impartialité régulièrement contestée

Le bilan de Clément Atangana à la tête du Conseil constitutionnel reste indissociable des critiques visant l’indépendance de l’institution.

En 2024, il confirme, par l’intermédiaire de son avocat, avoir participé à une réunion de l’association Adenso, qui appelait Paul Biya à briguer un nouveau mandat. Cette présence suscite des demandes de démission, les détracteurs du président du Conseil constitutionnel estimant qu’elle pouvait porter atteinte à l’exigence d’indépendance attachée à sa fonction.

Après l’élection présidentielle de 2025, une vidéo le montrant en train de célébrer avec des proches la victoire de Paul Biya et le travail accompli par son institution alimente de nouveau la controverse. Son entourage défend alors la thèse d’une réunion à caractère associatif et apolitique.

Ces épisodes ont durablement nourri les accusations de proximité entre le président du Conseil constitutionnel et le pouvoir en place. Ils n’ont toutefois donné lieu, à la connaissance publique, à aucune sanction contre lui.

La question institutionnelle après sa disparition

La disparition de Clément Atangana intervient alors que le Cameroun vient de modifier son dispositif constitutionnel relatif à la vacance de la présidence de la République.

La réforme adoptée en avril 2026 a créé la fonction de vice-président de la République. En cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif du chef de l’État constaté par le Conseil constitutionnel, le vice-président est appelé à achever le mandat présidentiel.

La nouvelle architecture institutionnelle prévoit également que le Conseil constitutionnel est saisi par le vice-président pour constater l’empêchement définitif. En l’absence de vice-président, le président du Sénat assure l’intérim jusqu’à l’élection d’un nouveau président.

Ce dispositif n’a pas été appliqué à ce jour à une vacance de la présidence de la République. La longue absence de Paul Biya du territoire camerounais entre juin et août 2026 avait toutefois relancé les interrogations sur les mécanismes constitutionnels applicables. Des responsables de l’opposition avaient alors demandé au Conseil constitutionnel de se prononcer sur une éventuelle vacance du pouvoir. Le pouvoir avait répondu qu’il n’existait aucune vacance.

La mort de Clément Atangana crée, cette fois, une vacance au sommet du Conseil constitutionnel lui-même. La Constitution prévoit que les membres de l’institution sont nommés par différentes autorités, tandis que le président du Conseil est désigné par le chef de l’État. La succession de Clément Atangana relève donc désormais d’une décision présidentielle.

Une figure d’une génération judiciaire

Avec sa disparition, le Cameroun perd l’un des derniers hauts magistrats ayant exercé sous plusieurs séquences de son histoire institutionnelle récente.

De la magistrature de terrain à la Cour suprême, des juridictions nationales aux instances des Nations unies, puis à la tête du Conseil constitutionnel, Clément Atangana aura occupé plusieurs des fonctions les plus importantes du système judiciaire camerounais.

Son héritage restera néanmoins discuté. Pour ses défenseurs, il demeure un magistrat de carrière ayant consacré plus d’un demi-siècle au droit et aux institutions. Pour ses détracteurs, son passage à la tête du Conseil constitutionnel restera associé aux décisions électorales contestées et aux interrogations sur l’indépendance de l’institution.

Sa disparition laisse désormais au pouvoir la responsabilité de désigner celui qui devra prendre la tête d’un Conseil constitutionnel appelé à continuer d’arbitrer les grands équilibres institutionnels du Cameroun.

?s=32&d=mystery&r=g&forcedefault=1 Conseil constitutionnel : Clément Atangana, huit ans au cœur des scrutins contestés
La Rédaction

Grâce à des professionnels issus du monde des médias, des affaires et de la politique, mus par la volonté de fournir une information vraie, crédible et exploitable pour la valorisation de la destination Cameroun, Vitrine du Cameroun est devenu une plateforme de référence au Cameroun. Contacts : vitrineducameroun@gmail.com,  ou via WhatsApp+86 16695017248

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *