Industrie pharmaceutique : YICHENG veut réduire la dépendance du Cameroun aux importations
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Industrie pharmaceutique : YICHENG veut réduire la dépendance du Cameroun aux importations

[Vitrine du Cameroun] – En construction à Meyo, dans l’arrondissement de Yaoundé IV, l’unité portée par l’entrepreneur camerounais Idriss Confiance Mbe doit produire des médicaments essentiels et des dispositifs médicaux. Le projet, qui comprend également un centre hospitalier, entend répondre à la politique d’import-substitution et se positionner sur le marché de la CEMAC.

Le Cameroun cherche à renforcer sa présence dans l’industrie pharmaceutique. À Meyo, dans l’arrondissement de Yaoundé IV, les travaux d’une unité industrielle dédiée à la fabrication de médicaments essentiels et de dispositifs médicaux se poursuivent. Porté par l’entrepreneur camerounais Idriss Confiance Mbe à travers YICHENG Pharmaceutical Group, le projet ambitionne de réduire la dépendance du pays aux approvisionnements extérieurs et de créer une capacité de production destinée au marché camerounais et, à terme, à la sous-région.

La première pierre de cette infrastructure a été posée le 3 octobre 2025, en présence du Premier ministre, chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute. Le complexe s’étend sur cinq hectares et associe une usine pharmaceutique à un centre hospitalier présenté comme un établissement de référence.

L’enjeu est d’abord industriel. Le Cameroun importe encore la majeure partie des produits pharmaceutiques consommés sur son marché. Une analyse de la Commission économique pour l’Afrique indiquait que la production locale ne couvrait qu’environ 5 % des besoins nationaux, tandis que plus de 90 % des produits pharmaceutiques étaient importés.

Cette dépendance constitue un enjeu à la fois sanitaire et économique. Elle expose l’approvisionnement aux fluctuations des marchés internationaux, aux contraintes logistiques et aux variations des coûts d’importation. Elle limite également la capacité du pays à développer une chaîne industrielle locale autour des médicaments, des dispositifs médicaux, de la logistique et des compétences spécialisées.

Une capacité industrielle à construire

Le projet YICHENG entend répondre à cette faiblesse par la production locale de médicaments génériques à usage courant. Selon les informations communiquées par son promoteur, les lignes industrielles doivent notamment couvrir les antipaludiques, les antibiotiques, les antalgiques et les anti-inflammatoires. Le projet prévoit également des capacités pour les injectables, les solutés et certains traitements destinés à des programmes prioritaires comme le VIH, la tuberculose, le diabète et l’hypertension.

Les ambitions affichées sont importantes. Le promoteur avance une capacité annuelle pouvant atteindre 100 millions de flacons, 2 milliards d’ampoules et 10 milliards de comprimés. Ces données correspondent aux objectifs annoncés pour le projet et devront être appréciées à mesure de la mise en service effective des différentes unités.

L’installation de cette capacité industrielle intervient alors que le gouvernement camerounais cherche à développer la production pharmaceutique nationale. La Stratégie nationale de développement de l’industrie pharmaceutique locale 2025-2030 vise notamment à faire passer la contribution de la production nationale d’environ 5 % de la consommation à 25 % à l’horizon 2030. Elle prévoit également des mesures destinées à soutenir les producteurs locaux, notamment sur les intrants et la concurrence des importations.

Le projet privé de Meyo s’inscrit donc dans une orientation plus large d’import-substitution, consistant à remplacer progressivement une partie des produits achetés à l’étranger par une production réalisée sur le territoire national.

La CEMAC comme débouché

L’ambition de YICHENG dépasse toutefois le marché camerounais. Le promoteur présente l’usine comme un outil susceptible d’alimenter les six marchés de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, voire d’autres marchés africains.

Cette dimension régionale constitue un enjeu commercial important. La faiblesse de la production pharmaceutique ne concerne en effet pas uniquement le Cameroun. L’Afrique centrale demeure largement dépendante des approvisionnements extérieurs pour les médicaments et autres produits de santé. La construction d’une capacité industrielle dans la sous-région peut ainsi ouvrir la voie à une intégration plus poussée des chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques.

Pour YICHENG, le marché potentiel ne se limite donc pas aux besoins des patients camerounais. Il comprend également les grossistes, les établissements de santé, les programmes sanitaires et, sous réserve des autorisations réglementaires nécessaires, les marchés pharmaceutiques des autres pays de la CEMAC.

Cette perspective suppose cependant que la future production réponde aux exigences réglementaires et aux normes de qualité applicables dans les différents marchés ciblés. L’enjeu pour le projet ne sera donc pas uniquement de produire en quantité, mais de disposer d’une capacité industrielle répondant aux standards pharmaceutiques permettant la commercialisation des produits au Cameroun et à l’échelle régionale.

Un second volet consacré aux soins

Le complexe de Meyo ne se limite pas à la fabrication de médicaments. Le projet prévoit également la construction d’un centre hospitalier de référence.

Cette composante doit permettre d’élargir l’offre de soins et d’améliorer l’accès à des prestations médicales spécialisées. Elle répond également à un autre enjeu du système de santé camerounais, celui des évacuations sanitaires vers l’étranger.

L’objectif affiché par le promoteur est de contribuer à réduire les dépenses liées à ces évacuations en développant localement un plateau technique capable de prendre en charge certaines pathologies nécessitant actuellement des soins spécialisés hors du pays.

L’association entre production pharmaceutique et offre hospitalière donne ainsi au projet une dimension intégrée. L’usine doit fournir une partie des produits de santé, tandis que le centre hospitalier doit constituer un débouché pour certaines technologies et compétences médicales développées dans le complexe.

Plus de 3 000 emplois à terme

Le projet comporte également un volet industriel et social. Son promoteur annonce la création de 800 à 1 000 emplois directs dès la première phase, avec une perspective de plus de 3 000 emplois directs à moyen terme, auxquels pourraient s’ajouter des emplois indirects dans la logistique, la maintenance, la distribution, les services et la sous-traitance.

La construction de l’usine doit par ailleurs favoriser le transfert de technologies et la formation de techniciens et d’ingénieurs camerounais. En février 2026, le promoteur indiquait avoir accueilli une vingtaine d’ingénieurs chinois supplémentaires sur le site pour accompagner une nouvelle phase des travaux, notamment celle consacrée aux bâtiments administratifs et à l’usine de production.

Selon les dernières déclarations publiques du promoteur, l’objectif affiché est une mise en service de la première unité industrielle à partir de novembre 2026. Cette échéance devra être appréciée au regard de l’avancement des travaux, des phases de qualification des installations et des autorisations réglementaires nécessaires à la production et à la commercialisation des médicaments.

Un marché à conquérir

Au-delà de la construction des bâtiments, le principal enjeu sera désormais de transformer cette infrastructure en véritable capacité industrielle. Pour le Cameroun, le développement d’une industrie pharmaceutique compétitive suppose en effet de sécuriser l’approvisionnement en matières premières, de disposer de compétences techniques, de garantir la qualité des produits et de construire des circuits de distribution capables d’atteindre les établissements de santé et les patients.

Le projet YICHENG arrive ainsi sur un marché où la demande existe déjà, mais où la production locale reste limitée. Le défi sera de convertir cette demande en débouchés industriels durables.

Pour le promoteur, l’enjeu est plus large. Il s’agit de faire de Meyo un point de départ pour une industrie pharmaceutique camerounaise capable de réduire une partie de la facture des importations, de créer des emplois qualifiés et de fournir des médicaments au marché régional.

La réussite du projet dépendra donc moins de la seule mise en service de l’usine que de sa capacité à produire régulièrement, à des coûts compétitifs et dans le respect des normes requises. C’est à cette condition que l’investissement pourra contribuer durablement à la politique d’import-substitution et à la montée en puissance de la production pharmaceutique camerounaise.

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La Rédaction

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