Arrondissement de Nsem : Quand le sous-préfet privilégie sa soif à celle du peuple
[Vitrine du Cameroun] – Un document officiel, émanant du Sous-préfet de l’Arrondissement de Nsem, dans le département de la Haute-Sanaga, vient de révéler une réalité amère de la gouvernance locale au Cameroun. Face à la crise persistante de l’eau et de l’électricité qui ronge la circonscription administrative, l’autorité administrative a choisi une voie pour le moins choquante : celle de l’intérêt personnel avant l’urgence collective.
Datée du 18 novembre 2025, la correspondance adressée à Monsieur le Maire de la Commune de Nsem a pour objet « problème d’eau et de lumière dans la circonscription administrative ». Jusqu’ici, rien d’anormal. Le Sous-préfet reconnaît la « résurgence des problèmes d’eau et de lumière » et les « désagréments causés par cette situation non seulement pour les ménages mais aussi les administrations publiques et les opérateurs économiques ».
Le ton se durcit ensuite lorsqu’il aborde la question de l’énergie. Il juge « urgent » de repenser la politique sur l’énergie, pointant du doigt l’ensemble des centrales solaires construites, dont certaines ne seraient « plus opérationnelles », un constat qui envoie un « message négatif » à la population. Mais c’est le paragraphe final, de la correspondance laisse sans voix.
« Pour terminer, je voudrais vous inviter à doter la résidence de l’Autorité Administrative d’un point d’eau et d’un kit solaire dans votre budget de l’exercice 2026, le représentant du Gouvernement ne pouvant aller puiser de l’eau ni dormir dans les ténèbres », peut-on lire.
Un détournement de priorité
Il y a là un véritable détournement de fonction et de priorité. Agir en tant que représentant de l’État confère une responsabilité : celle de s’assurer du bien-être général. Comment peut-on, dans un contexte de crise qui affecte l’ensemble de la population, utiliser une missive officielle dénonçant cette même crise pour demander un privilège personnel ?
De l’avis de certains analystes, le Sous-préfet, en fin de compte, ne cherche pas à résoudre le problème d’eau du marché, de l’hôpital, de l’école ou des ménages de Nsem. Il cherche à protéger son propre confort. Son argument, selon lequel le « représentant du Gouvernement ne pouvant aller puiser de l’eau ni dormir dans les ténèbres », est non seulement méprisant pour les citoyens qui vivent cette réalité quotidiennement, mais il trahit une conception de l’administration où l’autorité est au-dessus du peuple, et non à son service.
L’urgence n’est pas le kit solaire de la résidence, mais l’eau potable pour les milliers d’habitants de Nsem qui, eux, « puisent de l’eau » et dorment dans « les ténèbres » sans avoir l’opportunité de s’inscrire au budget communal.

