
Affaire Martinez Zogo : La défense met l’enquête du Colonel Otoulou à l’épreuve
[Vitrine du Cameroun] – Entendu les 31 août et 1er septembre devant le Tribunal militaire de Yaoundé, le 34e témoin a été longuement interrogé par les avocats de la défense sur le véhicule Prado, les téléphones saisis, la géolocalisation et le rôle présumé de Maxime Eko Eko.
Le procès de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo s’est poursuivi les 31 août et 1er septembre 2026 devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Les débats ont été largement consacrés au contre-interrogatoire du 34e témoin, le Colonel Otoulou Jean-Pierre, ancien directeur d’enquête. Plusieurs avocats de la défense se sont relayés pour questionner l’officier de police judiciaire sur la conduite des investigations, les pièces à conviction et les éléments matériels recueillis.
L’audience a notamment été marquée par un incident entre le témoin et Me Séry Zékou. Alors que l’avocat contestait les conditions de placement en garde à vue de son client, le Colonel Otoulou lui a demandé de s’en tenir aux questions de procédure. Le conseil a finalement présenté ses excuses et retiré ses propos.
Le véhicule Prado au centre des débats
Une partie importante des échanges a porté sur le Toyota Prado noir présenté comme ayant servi à l’enlèvement de Martinez Zogo. Interrogé par Me Daniel Ngos, le Colonel Otoulou a expliqué que le Lieutenant-Colonel Danwe avait conduit les enquêteurs jusqu’à un garage de Biyem-Assi où le véhicule accidenté avait été retrouvé, avant son acheminement vers la brigade de Biyem-Assi.
Le témoin a maintenu que ce véhicule correspondait à celui décrit dans les déclarations du Colonel Danwe. Il a toutefois reconnu qu’aucune perquisition formelle n’avait été effectuée sur le véhicule à ce stade. Il a également indiqué que le pick-up utilisé lors de l’opération avait été restitué de son propre chef par un dénommé Ebo quelques jours après les faits.
Des interrogations sur les téléphones
La collecte des éléments numériques a également été discutée. Plusieurs avocats, dont Me Hosana, ont interrogé le témoin sur les téléphones liés à l’enquête. Le Colonel Otoulou a confirmé que Maxime Eko Eko, alors directeur général de la DGRE, n’avait remis que trois téléphones aux enquêteurs, alors qu’une expertise ultérieure en aurait recensé dix, tous ayant émis le même jour.
Le témoin a expliqué que l’absence de perquisition au domicile de l’ancien patron de la DGRE résultait du fait qu’il lui appartenait de remettre volontairement ses appareils. Il a également indiqué avoir oublié le nombre exact de téléphones concernés, invoquant la charge de son enquête.
« Localisation » ou « géolocalisation »
Les avocats ont aussi questionné le Colonel Otoulou sur les termes employés par les membres du commando pour désigner les opérations de localisation. La possibilité d’un recours à un outil de type IMSI Catcher a notamment été évoquée.
Le témoin a indiqué ne pas avoir cherché à établir cette distinction technique, estimant que la terminologie n’était pas au cœur de son enquête. Il a par ailleurs affirmé que les moyens utilisés par la DGRE étaient simples et qu’aucun IMSI Catcher n’avait été utilisé, selon les éléments dont il disposait.
Le rôle de Maxime Eko Eko discuté
Les échanges ont également porté sur l’implication présumée de Maxime Eko Eko, poursuivi notamment pour non-dénonciation. Interrogé par plusieurs avocats, dont Me Mbambia, Me Guezo, Me Jean-Pierre et Me Siri Zékou, le Colonel Otoulou a reconnu ne disposer d’aucun élément testimonial, documentaire ou numérique établissant que l’ancien directeur général de la DGRE aurait financé l’opération, en dehors des déclarations du Colonel Danwe.
Il a toutefois maintenu que plusieurs éléments avaient orienté l’enquête vers l’ancien responsable. Il a notamment évoqué un enregistrement audio, présenté initialement comme susceptible d’incriminer Danwe, ainsi qu’un signalement qui, selon la cheffe de la Direction de la Surveillance Extérieure (DSE), n’aurait pas donné lieu à l’ouverture d’une enquête interne par Eko Eko.
Le témoin a également rapporté qu’Eko Eko avait reconnu, lors de son audition, avoir été insulté par Martinez Zogo plusieurs années auparavant. Il a enfin cité des propos attribués au Commissaire D. James Elong selon lesquels, si l’opération avait été correctement menée, le corps n’aurait pas été retrouvé.
Les déclarations du Colonel Danwe examinées
La défense a par ailleurs interrogé le témoin sur les variations relevées dans les déclarations du Lieutenant-Colonel Danwe entre le 27 et le 30 janvier 2023. Les avocats ont également questionné les circonstances dans lesquelles le Colonel Otoulou s’était rendu seul avec Danwe pour récupérer le véhicule Prado.
Le témoin a maintenu que ces circonstances ne remettaient pas en cause les indices recueillis au cours de l’enquête et a renvoyé les avocats au fond du dossier.
D’autres points ont été abordés, notamment l’avis de recherche émis contre l’accusé Godje, resté en fuite, la disparition des téléphones de Martinez Zogo et la décision de transférer cette partie des investigations au Service central des recherches.
Le témoin a également confirmé l’existence d’un climat de tension au sein de la DGRE avant les faits, ainsi qu’une note interne ayant recentralisé la coordination des opérations autour du Commissaire D. James Elong.
Une contestation a enfin porté sur la datation de deux rapports identiques comportant des dates différentes, le 23 et le 3 mars. Le Colonel Otoulou a indiqué ne pas reconnaître le document présenté. Une objection de Me Joseph Kenmoe, qui estimait qu’il ne revenait pas au témoin de se prononcer sur la chronologie documentaire, a été retenue par le tribunal.
L’audience, suspendue à 17h04 pour permettre au témoin de se reposer, a repris à 18h20 avant une nouvelle suspension à 22h10. Les débats devaient reprendre le 1er septembre 2026 à 11h30.








