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Économie informelle : La feuille de route de trop ou le vrai tournant pour le Cameroun ?

Par 3 min de lecture

Le GECAM et le MINPMEESA ont retenu vingt recommandations pour accompagner les unités de production informelles vers l’économie structurée. Mais avec plus de 3,4 millions d’unités recensées et une faible capacité financière, le défi consiste surtout à rendre la formalité accessible et rentable.

La formalisation de l’économie camerounaise ne se décrète pas. Elle suppose de revoir les conditions dans lesquelles des millions d’opérateurs exercent leurs activités. C’est toute la difficulté du chantier engagé le 4 novembre 2026 à Douala par le Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) et le ministère des PME, de l’Économie sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA). Au terme d’une concertation présidée par le ministre Achille Bassilekin III, les deux institutions ont retenu vingt recommandations destinées à faciliter la transition des unités de production informelles (UPI) vers une économie plus productive. Une feuille de route conjointe couvrant la période 2027-2030 doit désormais organiser leur mise en œuvre.

L’ambition répond à une réalité économique considérable. Selon la troisième Enquête sur l’emploi et le secteur informel (EESI3), réalisée par l’Institut national de la statistique (INS) en 2021 et publiée en 2023, le Cameroun compte plus de 3,4 millions d’unités de production informelles. Près de neuf sur dix fonctionnent avec une seule personne. Leur taille moyenne est de 1,2 travailleur. Plus de la moitié sont dirigées par des femmes. Derrière ces chiffres se trouve un tissu économique qui absorbe une part importante de la main-d’œuvre, mais dont les capacités d’investissement et de développement restent limitées.

Le problème dépasse la seule absence d’immatriculation. Dans ces unités, seuls 5,8 % des travailleurs sont salariés, tandis que 78,3 % exercent pour leur propre compte. La faiblesse de la protection sociale et l’accès limité aux financements bancaires entretiennent cette fragilité. Pour beaucoup de petits opérateurs, l’informalité constitue moins un choix stratégique qu’une réponse à l’insuffisance des ressources et aux contraintes du cadre économique.

La formalité doit devenir un avantage

Les recommandations du GECAM et du MINPMEESA ciblent plusieurs de ces obstacles : simplification fiscale et réglementaire, rationalisation des prélèvements, accès au crédit, commande publique, protection sociale et intégration dans les chaînes de valeur. Le diagnostic est pertinent. Sa traduction opérationnelle reste cependant à démontrer.

Le risque serait de réduire la formalisation à l’enregistrement administratif et à l’élargissement de l’assiette fiscale. Une entreprise qui obtient un numéro d’identification fiscale sans accès au financement, à des débouchés commerciaux ou à une protection adaptée ne gagne pas nécessairement en productivité. Elle peut même supporter des charges supplémentaires sans disposer des recettes nécessaires pour les absorber.

L’enjeu concerne également les entreprises déjà structurées. Dans sa revue des finances publiques consacrée au Cameroun, la Banque mondiale relève que 23 % des entreprises interrogées considèrent les pratiques du secteur informel comme une contrainte majeure à leur activité, contre 12 % à l’échelle mondiale. Cette concurrence asymétrique fragilise les opérateurs qui supportent les obligations fiscales et réglementaires.

La future feuille de route 2027-2030 devra donc apporter des réponses mesurables : combien d’unités seront accompagnées, à quel coût, avec quels mécanismes de financement et quels avantages concrets ? Le communiqué ne précise ni les objectifs quantitatifs ni les ressources financières mobilisées.

Le succès de cette concertation ne se mesurera finalement pas au nombre de recommandations adoptées. Il dépendra de la capacité de l’État à réduire le coût de la conformité, à sécuriser les débouchés des petites entreprises et à faire de la formalité un levier de croissance plutôt qu’une obligation supplémentaire.

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La Rédaction

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