Enseignement supérieur : Jacques Fame Ndongo lance l’opération séduction avant le remaniement
[Vitrine du Cameroun] – Alors que les rumeurs de remaniement ministériel agitent les couloirs du pouvoir à Yaoundé, le ministre de l’Enseignement supérieur a dégainé, le 5 janvier 2026, une série de « mesures fortes » pour le système universitaire. Entre réouverture de concours et nouveau cadre pour le doctorat, cette offensive de communication peine à masquer un bilan structurellement fragile.
C’est un Jacques Fame Ndongo aux abois, ou du moins très actif, qui tente de reprendre la main. Après deux années de paralysie quasi totale de certains pans de l’université camerounaise, le « chancelier des ordres académiques » a annoncé un plan de relance global. Mais à la veille d’un mouvement gouvernemental que beaucoup disent imminent, cette précipitation interpelle : s’agit-il d’une réforme de fond ou d’une simple opération de survie politique ?
Le premier volet de ce plan concerne le rayonnement international via le CAMES. Si le ministre se félicite des récents succès à l’agrégation de Dakar, il omet de rappeler que ces lauréats sont souvent les survivants d’un système qui manque de tout : laboratoires indigents, bibliothèques désuètes et accès limité aux revues scientifiques mondiales. Créer des commissions de suivi est une chose ; donner aux enseignants les moyens réels de chercher en est une autre. Sans injection massive de fonds, ces structures risquent de n’être que des coquilles vides de plus dans l’organigramme administratif.
Doctorats : un « cadre normatif » pour masquer le chaos
Sur le front de la recherche, l’annonce d’un nouveau cadre normatif pour les études doctorales ressemble fort à un aveu d’échec. En suspendant les thèses en 2023 pour des raisons de « soutenabilité financière », le ministère a brisé la trajectoire de milliers de doctorants, laissant le champ libre au secteur privé ou à l’exil des cerveaux.
Certes, le document élaboré avec l’appui de l’AUF promet de la « qualité ». Mais comment garantir cette qualité quand le financement des soutenances repose encore trop souvent sur les poches des étudiants ? Le ministre annonce la relance, mais reste muet sur l’apurement des arriérés de vacations et de primes qui empoisonnent le climat social des campus.
Le retour des concours : l’État peut-il encore payer ?
Enfin, la réouverture des concours des ENS et ENSET — dont le gel avait provoqué une levée de boucliers — sonne comme une concession tardive. En remplaçant les concours par des admissions sur dossier sans garantie d’emploi, le gouvernement avait créé une génération de diplômés précarisés. Le retour au système classique est une victoire symbolique pour les étudiants, mais une équation budgétaire insoluble pour l’État : avec quelles ressources ces futurs fonctionnaires seront-ils pris en charge, alors que les tensions de trésorerie sont un secret de polichinelle ?
En multipliant les annonces à l’aube d’une année 2026 charnière, Jacques Fame Ndongo tente de démontrer qu’il reste le maître d’œuvre indispensable du renouveau universitaire prescrit par Paul Biya. Toutefois, entre les effets d’annonce et la réalité d’un système à bout de souffle, le fossé reste béant. Pour les observateurs avertis, ce plan de relance ressemble moins à une vision d’avenir qu’à un dossier de défense déposé in extremis sur le bureau du Chef de l’État avant le prochain décret de nomination.

