Face à son incapacité à garantir la continuité du service, Eneo annonce des coupures massives dans le septentrion
[Vitrine du Cameroun] – Le secteur de l’énergie électrique au Cameroun traverse une nouvelle phase de tensions critiques. L’opérateur Eneo a officialisé des programmes de délestages sévères affectant les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord. Avec des interruptions de fourniture atteignant 10 heures par jour, l’entreprise confirme l’essoufflement de son modèle de gestion dans cette partie du pays.
Pour justifier ces défaillances, le concessionnaire invoque la baisse du niveau des eaux au barrage de Lagdo. Si l’aléa climatique est une réalité, la récurrence annuelle de ce phénomène interroge sur l’anticipation et la stratégie d’investissement de l’opérateur. Depuis des années, la saturation de l’infrastructure de Lagdo est connue, mais la réponse apportée semble demeurer à un stade de gestion d’urgence plutôt que de restructuration profonde.
À cette contrainte naturelle s’ajoute une faille logistique : l’approvisionnement des centrales thermiques de relais. Eneo admet des difficultés d’acheminement du combustible, révélant une vulnérabilité opérationnelle qui pénalise directement les usagers. Cette double carence — production hydroélectrique défaillante et logistique thermique grippée — place l’économie régionale dans une situation de précarité énergétique alarmante.
Des conséquences économiques sous-estimées
Le rationnement de l’énergie sur des plages horaires aussi étendues désorganise les circuits de production locaux. Les entreprises, contraintes de recourir à des solutions d’auto-génération coûteuses, voient leur compétitivité s’effriter. Pour les ménages et les services publics, ces 10 heures d’obscurité quotidienne représentent un recul de la qualité de vie, malgré les promesses régulières de modernisation du réseau.
La communication de l’opérateur, axée sur la « gestion des réserves », peine à masquer l’absence de solutions pérennes pour le Réseau Interconnecté Nord (RIN). Si des parcs solaires ont été inaugurés à Guider et Maroua, leur apport actuel s’avère manifestement insuffisant pour compenser les lacunes de la planification énergétique globale.
Une dépendance structurelle non résolue
Cette crise met en exergue la fragilité du partenariat public-privé dans le secteur de l’électricité. Le déphasage entre la demande croissante des populations et les capacités de production effectives soulève des questions sur le respect des engagements contractuels liés à la qualité du service.
Alors que l’entreprise appelle les usagers à la « consommation rationnelle », la part de responsabilité de l’opérateur dans la vétusté des équipements et la lenteur des investissements structurants reste au centre des critiques. La stabilisation annoncée demeure conditionnée à des variables qu’Eneo semble subir plutôt que maîtriser, laissant le Septentrion dans l’attente d’une véritable souveraineté énergétique.

