Le chantier du lac municipal de Yaoundé n’en finit pas de coûter cher au Trésor public. Le 22 juillet 2026, le président Paul Biya a signé un nouveau décret autorisant l’État à emprunter encore auprès de la Deutsche Bank Espagne, cette fois pour financer des « travaux supplémentaires » sur ce site emblématique de la capitale. Une décision qui porte à près de 38,3 milliards de francs CFA la somme totale engagée dans ce projet depuis 2015, soit plus du triple de son coût de construction initial.
Le texte signé à Yaoundé habilite le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire à conclure avec la banque espagnole une nouvelle combinaison de prêts : un crédit acheteur de 5,4 millions d’euros et un crédit commercial de 857 000 euros, soit environ 4,1 milliards de francs CFA au total. Comme pour les précédents financements, le décret prévoit une publication en urgence au Journal Officiel, en français et en anglais.
Un projet qui accumule les emprunts depuis dix ans
Le projet d’aménagement touristique et économique du lac municipal n’est pourtant pas né hier. Lancé en 2016, il avait déjà mobilisé, en février 2015, deux prêts auprès de la Deutsche Bank pour un montant cumulé d’environ 21,5 milliards de francs CFA. Un premier crédit acheteur de plus de 18 milliards de francs CFA avait servi à financer les travaux proprement dits, complété par un second prêt de 3,4 milliards destiné à couvrir la part camerounaise du montage financier.
Quatre ans plus tard, en novembre 2019, l’État était retourné voir la même banque pour compléter l’enveloppe, avec deux nouveaux prêts totalisant 12,63 milliards de francs CFA. Résultat : lorsque les travaux confiés à l’entreprise espagnole Elecnor se sont achevés, en avril 2024, avec une réception provisoire du chantier, la facture des emprunts dépassait déjà largement le coût contractuel des travaux, fixé à environ 12,4 milliards de francs CFA hors taxes.
Autrement dit, pour un chantier dont les travaux eux-mêmes ont coûté environ 12,4 milliards de francs CFA, l’État aura fini par emprunter plus de trois fois cette somme.
Une rallonge qui succède à un refus
Le nouveau prêt signé en juillet 2026 n’arrive pas non plus dans un climat neutre. En 2025, le Comité national de la dette publique avait rejeté une demande de financement complémentaire de 4,06 milliards de francs CFA pour une phase intermédiaire du même site, incluant la vallée voisine de Mingoa. Le Comité avait alors jugé que le ministère de l’Habitat et du Développement Urbain pouvait couvrir cette dépense sur ses fonds propres, sans recourir à un nouvel emprunt extérieur. La ministre Célestine Ketcha Courtès avait dû, à l’époque, financer sur son budget interne des travaux jugés urgents, dont la sécurisation du site par une clôture.
Un an plus tard, c’est finalement une nouvelle ligne de crédit extérieur qui vient s’ajouter au dossier, confirmant que le lac municipal de Yaoundé reste, plus de dix ans après le lancement du projet, un chantier dont la facture continue de s’allonger.

