Port de Douala : Les dessous d’une capitulation forcée par « étranglement financier »

[Vitrine du Cameroun] – Un document confidentiel, que nous avons pu consulter, révèle le recul du Directeur Général du Port Autonome de Douala (PAD) face à la pression du Ministre des Finances. Derrière ce revirement technique sur le scanning des conteneurs se cacherait une arme redoutable : le blocage des salaires des employés du port.

L’affaire qui secoue le Port de Douala-Bonabéri vient de connaître un tournant décisif. Dans une correspondance datée du 16 février 2026, le Directeur Général du PAD, Cyrus Ngo’o, ordonne officiellement la suspension partielle des activités de la société TransAtlantic D. S.A. au profit de la multinationale SGS. Ce document marque la fin — ou du moins une trêve imposée — d’un bras de fer de plusieurs mois entre le port et le ministère des Finances (MINFI).

Le document de la « reddition »

La lettre de Cyrus Ngo’o est explicite. Elle fait suite aux « directives de Monsieur le Premier Ministre » et, surtout, à une correspondance du Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, datée du 13 février 2026. Le DG du PAD y demande à TransAtlantic de limiter ses interventions aux seuls flux non opérés par la SGS (vrac solide, véhicules, conteneurs vides), restituant ainsi à l’opérateur suisse l’essentiel de son marché de scanning.

L’arme du « chantage » budgétaire

Selon des sources proches du dossier, ce recul n’est pas le fruit d’une simple concertation administrative, mais le résultat d’un véritable siège financier. Le Ministre des Finances aurait activé le levier le plus sensible : le mécanisme de paiement des salaires.

En tant qu’autorité de tutelle financière, le MINFI dispose d’un pouvoir de blocage sur les flux de trésorerie et les comptes de dépôt des entreprises publiques. En ralentissant ou en bloquant l’homologation des virements destinés aux émoluments des milliers d’employés du PAD, Louis Paul Motaze aurait placé Cyrus Ngo’o devant un dilemme impossible :

  • Maintenir sa politique de « camerounisation » du scanning avec TransAtlantic et risquer une explosion sociale majeure au port.
  • Céder aux exigences du MINFI en réinstallant la SGS pour débloquer les ressources financières de l’entité.

« C’est une méthode d’asphyxie programmée. On ne discute plus sur le droit des contrats, on utilise le ventre des employés pour faire plier la direction », confie un analyste économique sous anonymat.

La souveraineté portuaire en question

Le DG du PAD défendait jusqu’ici un projet de souveraineté, visant à réapproprier les données douanières et les revenus du scanning via TransAtlantic, une société de droit camerounais. De son côté, le MINFI invoque le respect des conventions internationales et la protection des investissements étrangers pour justifier le maintien de la SGS.

Cependant, l’utilisation du paiement des salaires comme moyen de pression soulève des questions éthiques et managériales profondes sur la gouvernance des entreprises publiques au Cameroun.

Alors que le calme semble revenir en surface, le climat social au sein du PAD reste délétère. Les employés, otages involontaires de cette guerre des chefs, attendent de voir si la « paix des scanners » garantira enfin la stabilité de leurs revenus.

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Alphonse Dupont

Journaliste, correspondant de <em>Vitrine du Cameroun</em> en France.

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