[Vitrine du Cameroun] – Huit mois après la mort d’Anicet Ekane en détention et au lendemain de la crise postélectorale de 2025, le Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM) a présenté sa nouvelle direction le 30 juillet à Douala. Conduit par Valentin Dongmo, le parti entend remobiliser sa base et poursuivre le combat politique.
Un tournant majeur s’opère au siège national du parti à Bonadibong. Réuni en point de presse le jeudi 30 juillet, le MANIDEM a officialisé la composition de son bureau politique renouvelé, arrêtée lors de la réunion du Comité de direction du parti tenue le 13 juin dernier à Douala. L’élément central de cette réorganisation est la désignation de Valentin Dongmo au poste de président national, huit mois après la disparition d’Anicet Ekane, décédé le 1er décembre 2025 à l’âge de 74 ans, au Secrétariat d’État à la Défense (SED) à Yaoundé, où il était détenu depuis son arrestation à Douala le 24 octobre 2025, à la veille de la publication des résultats de la présidentielle.
Militant de la tradition upéciste depuis 1991 et membre du MANIDEM depuis 1995, le nouveau dirigeant s’inscrit dans un ancrage populaire affirmé. « Le camarade Dongmo est un militant qui a forgé sa conviction dans un engagement upéciste […]. Issu des classes populaires, il représente bien le plus grand nombre de nos compatriotes », indique la déclaration officielle du parti. Pour piloter l’organisation, il s’entoure de Mbappe Toto et Evariste Diabe aux vice-présidences. Le bureau compte également cinq secrétaires : Justin Noël Zambo Nkoto, chargé de l’organisation et du mouvement social ; Jean-Baptiste Ketchateng, chargé de la formation et de la culture ; Bedimo Kouo, à la communication ; Florence Aimée Titcho, aux finances ; et Marianne Simon Ekane, sœur cadette du défunt président, aux relations extérieures. Trois autres militants complètent cette équipe de douze membres : Louis Rolph Bamou, Yves Dzouali et Charles Ngah Nforgang.
Sur le plan stratégique, la nouvelle équipe exclut tout isolement et prône la continuité des alliances de l’opposition. Face aux analystes qui interrogent la capacité du parti à avancer, la direction remet les choses en perspective : « On n’a pas la prétention de dire que nous sommes le centre du monde, mais nous, on dit : on va continuer à insuffler cette dynamique avec les autres ! Parce que pour battre le RDPC [Rassemblement démocratique du peuple camerounais, parti au pouvoir], il faut fédérer les forces ! », a martelé le président. Le nouveau bureau revendique d’ailleurs la poursuite de « L’Union pour le changement », plateforme qui rassemble une cinquantaine de partis et associations, et pose comme préalable à tout élargissement « la nécessité impérieuse de mettre fin au colonialisme » et une refondation « issue de la volonté populaire ».
Sur la question des ambitions électorales, le MANIDEM refuse de faire des sièges une fin en soi, rappelant que les grands noms de l’histoire politique nationale n’ont pas tous été des élus : « Um Nyobè n’a pas été un élu ! Tous ceux qui ont fait avancer ce pays n’ont pas été des élus non plus ! Félix Moumié n’a jamais été élu ! On ne fait pas des élus, une obsession. »
Feuille de route
Trois chantiers structurent désormais l’agenda du parti : les revendications pour la libération des prisonniers de la crise postélectorale de 2025, l’arrêt des poursuites judiciaires visant notamment Florence Titcho, et le retour des exilés politiques.
Sur la question de la succession elle-même, la direction a tenu à couper court aux rumeurs de scission familiale. Valentin Dongmo fait savoir que le contrat de bail liant le MANIDEM à la famille Ekane pour le siège de Bonadibong reste valide, malgré une tentative d’expulsion émanant de trois membres sur les onze frères et sœurs vivants du défunt.
Enfin, au sujet de la mémoire collective et du statut des figures nationalistes, la présidence du MANIDEM a réitéré une position ferme quant à leur reconnaissance nationale : « La place d’Ernest Ouandié, Ruben Um Nyobè, Moumié, Anicet Ekane ne sont pas dans un cimetière ordinaire. Leur place est au Panthéon. » C’est avec cette ligne de conduite que la nouvelle équipe entend aborder les prochains chantiers politiques.

