[Vitrine du Cameroun] – Seize mois après le lancement du RGPH-4, le gouvernement reporte une troisième fois la fin de la collecte. Retards de paiement, mouvements sociaux, difficultés logistiques et contraintes sécuritaires ont rythmé une opération dont dépend pourtant la planification des politiques publiques pour la prochaine décennie.
Le 30 juillet 2026, le gouvernement a fixé au 15 septembre une nouvelle date de clôture du quatrième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-4). Officiellement, il s’agit d’une « période complémentaire de ratissage » destinée à achever la couverture du territoire.
Cette explication ne suffit toutefois plus à masquer une réalité devenue difficile à ignorer. Depuis son lancement le 24 avril 2025, le recensement accumule les reports, les mouvements sociaux et les difficultés d’exécution. La nouvelle échéance constitue la troisième prolongation du calendrier initial.
Pour une opération qui devait fournir les données démographiques de référence du Cameroun, la succession des reports pose désormais la question de la capacité de l’administration à conduire l’un des principaux exercices statistiques de l’État.
Un calendrier qui s’allonge au fil des difficultés
La collecte devait prendre fin le 29 mai 2026. Cette échéance a d’abord été reportée au 31 juillet, avant d’être repoussée une nouvelle fois au 15 septembre. En l’espace de trois mois, le gouvernement a modifié à trois reprises le calendrier d’une opération préparée depuis plusieurs années.
Ces reports interviennent alors que le Cameroun attend un nouveau recensement depuis vingt ans. Les données du précédent exercice remontent à 2005, alors que la population, les besoins en infrastructures et la répartition territoriale ont profondément évolué.
Dès le mois de mai, les premiers dysfonctionnements apparaissent. Le 18 mai, la Coordination nationale des agents recenseurs adresse un mémorandum à la Primature. Les revendications portent sur les contrats, les indemnités et les conditions de travail. Quatre jours plus tard, une partie des agents suspend la collecte.
À Douala, plusieurs recenseurs cessent leurs activités après plusieurs jours sans paiement. À Mbankomo, un agent adresse une lettre ouverte aux responsables de l’opération pour décrire les difficultés rencontrées sur le terrain.
Ces alertes interviennent moins d’un mois après le début de la collecte. Elles se poursuivent plusieurs semaines, signe que les réponses apportées n’ont pas permis de rétablir rapidement le fonctionnement normal de l’opération.
Une organisation confrontée à plusieurs contraintes
Les difficultés ne se limitent pas aux paiements. Une mission de suivi conduite avec l’appui de l’UNFPA et de la FAO relève des problèmes d’alimentation des terminaux numériques, des contraintes liées aux équipements ainsi que des retards dans la distribution du matériel.
Des organisations de la société civile signalent également une couverture incomplète de certaines localités et des besoins supplémentaires en matière de formation.
Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les contraintes sécuritaires compliquent le déploiement des équipes. Des agressions visant des agents recenseurs sont également signalées.
Pris isolément, chacun de ces obstacles peut être surmonté. Leur accumulation sur une même opération traduit en revanche des difficultés de préparation, de coordination et d’exécution que les prolongations successives ne suffisent pas à résorber.
Au-delà des délais, la question de la qualité des données
Le budget initial du RGPH-4 s’établissait à 13,28 milliards de FCFA. Il a été ajusté au cours de l’opération afin de financer la poursuite de la collecte. Malgré ces ressources supplémentaires, plusieurs agents attendaient encore leurs indemnités à la mi-juin. La question n’est désormais plus seulement celle du respect du calendrier.
Les données issues du RGPH-4 serviront au découpage électoral, à la répartition des ressources entre collectivités, à la programmation des écoles, des hôpitaux et des infrastructures publiques.
Lorsque des milliers d’agents interrompent leur travail, que certaines zones restent difficiles à couvrir et que les échéances sont repoussées à plusieurs reprises, c’est la qualité de la base statistique sur laquelle l’État construira ses politiques publiques qui se retrouve sous observation.
Un pays peut différer la publication de son recensement. Il lui est en revanche beaucoup plus difficile de corriger, une fois les résultats publiés, les conséquences d’une collecte incomplète ou inégale.

