Un communiqué du gouverneur de l’Adamaoua propose l’acquisition de l’ouvrage du ministre de l’Administration territoriale au prix de 10 000 FCFA. La démarche suscite des critiques sur la neutralité des services publics et l’utilisation des moyens de l’État à des fins commerciales.
La commercialisation du livre de Paul Atanga Nji prend une tournure polémique. Un communiqué signé le 2 novembre 2026 par Kildadi Taguieke Boukar, gouverneur de la région de l’Adamaoua, annonce la disponibilité de l’ouvrage du ministre de l’Administration territoriale dans les services de son cabinet. Le document invite les populations ainsi que les autorités administratives, traditionnelles et religieuses à se rapprocher du chef de cabinet pour acquérir l’exemplaire au prix de 10 000 FCFA.
Cette initiative suscite des interrogations sur le rôle de l’administration dans la promotion d’une publication à caractère personnel. Le journaliste Paul Mahel a vivement contesté cette démarche. Dans une réaction publiée sur les réseaux sociaux, il interpelle les autorités sur la vocation des services publics. « Les locaux et les ressources des services publics doivent être consacrés aux missions d’intérêt général », fait-il valoir. Pour lui, la mise à disposition du cabinet du gouverneur et de ses circuits de communication au profit de la vente d’un ouvrage privé constitue une utilisation contestable des moyens de l’État.
La neutralité administrative en question
Le journaliste soulève également la question du rapport hiérarchique au sein de l’administration territoriale. Le ministre de l’Administration territoriale exerce une autorité de tutelle sur les gouverneurs. Dans ce contexte, la diffusion d’une communication commerciale par un représentant de l’État peut, selon Paul Mahel, créer une pression implicite sur les agents publics et les destinataires du communiqué. L’achat du livre pourrait alors être interprété comme une marque de soutien à l’autorité ministérielle.
La réaction du député Cabral Libii rejoint ces préoccupations. Sans citer directement le ministre ni le gouverneur, le président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) a appelé, le 3 novembre, au respect des institutions. « Malgré les circonstances, nous devons demeurer attachés à une conception élevée de l’État, ainsi qu’au respect scrupuleux de ses institutions et des principes qui fondent leur autorité », a-t-il écrit.
Publié le 10 septembre 2025 aux éditions De La Sangha, le livre compte 391 pages. Son titre complet, « Atanga Nji Paul, 37 ans de fidélité sans faille au Président Paul Biya et aux institutions républicaines », annonce un récit autobiographique consacré au parcours politique du ministre et à son engagement au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).
Au-delà des réactions politiques, cette affaire pose une question de gouvernance publique : les services administratifs peuvent-ils servir de relais commerciaux à une publication privée signée par un membre du gouvernement ? Aucune décision judiciaire ni qualification officielle d’une infraction n’est, à ce stade, rapportée. La polémique remet néanmoins au centre du débat la séparation des missions de l’État et des intérêts particuliers de ses responsables.

