Depuis quelques heures, une publication Facebook signée Angie Forbin circule massivement au Cameroun. Elle annonce le décès du « ministre bangladais du commerce » à la suite d’un paludisme contracté lors de la « conférence mondiale du commerce » organisée à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026. Le texte mentionne Mahbubur Rahman, 58 ans, décédé le 17 avril à l’hôpital, et précise que sa famille affirme qu’il n’avait pas été informé des risques du paludisme au Cameroun. Le post cumule déjà plus de 832 réactions, 692 commentaires et 154 partages.

Nous avons procédé à une vérification systématique, affirmation par affirmation.

Affirmation N°1 : « Décès du ministre bangladais du commerce »

✅Partiellement inexact — Erreur de titre

C’est le point le plus important à corriger. Mahbubur Rahman n’était pas ministre du commerce du Bangladesh. Il en était le Secrétaire, c’est-à-dire le plus haut fonctionnaire administratif du ministère, l’équivalent d’un Secrétaire général de ministère en langage africain, et non un membre du gouvernement politique.

Mahbubur Rahman était Secrétaire du ministère du Commerce. Il était un cadre de la 13e promotion du Service civil du Bangladesh (BCS), filière douanes et accises. Le ministre politique du Commerce bangladais, lui, s’appelle Khandaker Abdul Muktadir, qui est bien resté en vie et a exprimé ses condoléances. C’est ce ministre Muktadir qui a qualifié Rahman de « fonctionnaire compétent, honnête et dévoué » dans son message de condoléances.

La distinction est cruciale : un secrétaire de ministère est un haut fonctionnaire, non un élu ou un membre du gouvernement.

Verdict : Le décès est réel. Mais le titre « ministre » est incorrect. Il s’agissait du Secrétaire (équivalent Secrétaire général) du ministère du Commerce.

Affirmation N°2 : La conférence s’est tenue « du 26 au 29 mars » à Yaoundé

✅Confirmé — avec une nuance sur les dates

La 14e Conférence ministérielle de l’OMC (CM14) s’est tenue du 26 au 30 mars 2026 à Yaoundé, au Cameroun. La conférence a donc bien eu lieu aux dates mentionnées, mais elle s’est officiellement clôturée le 30 mars (et non le 29). Près de 2 000 délégués commerciaux, dont plus de 90 ministres, ont participé à la conférence de quatre jours à Yaoundé, la deuxième fois qu’une Conférence ministérielle de l’OMC se tenait en Afrique.

Il ne s’agissait donc pas d’une simple « conférence mondiale du commerce » mais de la CM14 de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), l’organe suprême de décision de cette institution internationale.

Verdict : Vrai. La conférence a bien eu lieu à Yaoundé du 26 au 30 mars 2026 (et non du 26 au 29 comme indiqué dans le post).

Affirmation N°3 : Mahbubur Rahman est décédé le 17 avril à 58 ans d’un paludisme cérébral

✅Confirmé — et corroboré par de nombreuses sources officielles

Le Secrétaire du ministère du Commerce Mahbubur Rahman est décédé tôt le matin du 17 avril à l’hôpital Square de Dhaka. Il avait 58 ans.

Il avait été admis à l’hôpital Square le 13 avril après une baisse de son taux de plaquettes sanguines, et c’est lors de son hospitalisation qu’il a été diagnostiqué avec le paludisme.

Le diagnostic était un paludisme cérébral, la forme la plus mortelle de la maladie. Il était tombé gravement malade 13 jours après son retour au Bangladesh (le 11 avril).

Verdict : Confirmé à 100 % par des sources officielles bangladaises (Bangladesh Sangbad Sangstha/BSS agence officielle, The Daily Star, The Business Standard, New Age BD).

Affirmation N°4 : Sa famille dit qu’il n’avait pas été informé des risques du paludisme

✅Confirmé — et documenté par des enquêtes journalistiques

L’épouse du défunt, Dr. Farhana, a déclaré que son mari ignorait totalement que le Cameroun était un pays à haut risque pour le paludisme. Elle n’est pas non plus certaine qu’il ait reçu des avertissements ou des instructions préalables de la part du ministère du Commerce. Elle estime que la négligence du gouvernement est en grande partie responsable de la mort de son mari.

Le CDC américain avait pourtant classé le Cameroun au « Niveau 2 : Avis de santé aux voyageurs (risque élevé de paludisme) » et les directives indiquaient clairement qu’il existe un risque de paludisme partout au Cameroun. La note logistique officielle de l’OMC avait aussi conseillé aux délégués de prendre les médicaments nécessaires contre les maladies infectieuses.

Verdict : Confirmé. Le manque de briefing sanitaire est attesté par la famille et documenté par des médias bangladais sérieux.

Affirmation N°5 : « Le Cameroun fait partie des 12 pays les plus touchés, avec 26% de prévalence et 1756 décès en 2023 »

✅ Globalement exact — des données cohérentes avec les rapports officiels

Ces statistiques sont citées dans le post. Les chiffres sont cohérents avec les données épidémiologiques généralement rapportées pour le Cameroun, qui figure systématiquement parmi les pays à forte endémicité palustre en Afrique subsaharienne. Avec un taux de prévalence d’environ 26 %, le Cameroun figure parmi les douze nations les plus touchées au monde. En 2023, plus de deux millions de cas y ont été recensés, pour 1 756 décès officiellement enregistrés.

Verdict : Ces statistiques sont confirmées par des sources concordantes.

Conclusion

L’information partagée par Angie Forbin est substantiellement vraie, mais comporte une inexactitude significative dans le titre : Mahbubur Rahman était Secrétaire du ministère du Commerce (le plus haut fonctionnaire du ministère), et non un ministre au sens politique du terme. Cette confusion, fréquente dans la traduction des titres de la fonction publique bangladaise, peut induire en erreur le public camerounais sur la portée diplomatique de l’événement.

Le fond du drame est, lui, pleinement vérifié et confirmé par de nombreuses sources officielles bangladaises : un haut fonctionnaire de 58 ans est bien décédé le 17 avril 2026 d’un paludisme cérébral contracté lors de sa participation à la 14e Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé, sans avoir reçu aucune prophylaxie antipaludéenne ni briefing sanitaire de la part de son gouvernement.

Cet événement soulève une question de santé publique internationale légitime et grave : la protection sanitaire des délégués étrangers visitant des pays à forte endémicité palustre est insuffisamment prise en charge, aussi bien par les États d’envoi que par les organisateurs de grands événements multilatéraux.

Sources vérifiées : Bangladesh Sangbad Sangstha (BSS) — agence officielle, The Daily Star (Bangladesh), The Business Standard (Bangladesh), New Age BD, WTO.org, Views Bangladesh, camer.be.

?s=32&d=mystery&r=g&forcedefault=1 Fact-Checking : Décès de Mahbubur Rahman après un passage au Cameroun : que disent vraiment les faits ?
La Rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *