[Vitrine du Cameroun] – Suppressions de messages, échanges téléphoniques, données de localisation, comptes numériques et vidéo retrouvée dans un espace Google : pendant plusieurs heures, l’expert Bell Georges a déroulé devant le Tribunal militaire les principaux résultats de son analyse technique des équipements saisis dans l’affaire Martinez Zogo.

La première partie de l’audience criminelle spéciale consacrée à l’affaire Martinez Zogo s’est ouverte lundi à 12 h 09 devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Le Pr Bell Georges, présenté comme le 32e témoin du ministère public, a longuement exposé les conclusions de son expertise technique et numérique.

L’expert a expliqué être inscrit sur la liste officielle des experts judiciaires du Littoral et avoir été saisi par réquisition dans le cadre de cette procédure. Selon lui, sa mission consistait à établir le lien entre les éléments technologiques et les comportements humains à travers l’analyse des traces numériques laissées par les différents protagonistes.

Les missions confiées à l’expert

Les premières réquisitions portaient sur cinq téléphones, dont trois appartenant à Maxime Léopold Eko Eko et deux au colonel Justin Danwé. Les enquêteurs avaient notamment demandé l’extraction et l’analyse des contenus, l’identification des interactions avec les suspects, la récupération des données supprimées ainsi que toute observation utile à la manifestation de la vérité.

D’autres réquisitions ont ensuite concerné les équipements de Jean-Pierre Amougou Belinga, Bruno Bidjang, Nkili Elang, Etoundi Nsoé ainsi que ceux de Diane Mveng.

Le Pr Bell Georges a indiqué avoir travaillé à partir de deux espaces d’analyse : l’espace réseau, obtenu grâce à la collaboration des opérateurs de télécommunications, et l’espace des terminaux, constitué des équipements saisis par les officiers de police judiciaire.

Après l’identification des comportements suspects et des faisceaux d’indices, les éléments considérés comme pertinents ont été consignés dans un rapport technique.

Une première suspension d’audience est intervenue à 12 h 55 avant une reprise à 13 h 39 afin de permettre l’installation du matériel de projection.

Les investigations sur Justin Danwé

Selon l’expert, l’analyse des deux téléphones Android attribués au colonel Justin Danwé n’a révélé l’existence d’aucun autre appareil utilisé par l’intéressé.

L’exploitation des données a conduit l’expert à affirmer que Justin Danwé avait commencé à s’intéresser à Martinez Zogo à partir du 31 décembre 2022. Plusieurs échanges auraient alors été enregistrés avec différents interlocuteurs, notamment Godje, Ebo Clément, le colonel Djine Abel, Keubeng, Mahamadou de la DSE, Ndi Mbarga, Bauney et ENGUELEGUELE Etienne.

Les investigations retracent notamment des demandes d’informations sur Martinez Zogo, des recherches techniques sur ses déplacements et sa localisation ainsi que des échanges relatifs à la location d’un véhicule.

L’expert a également évoqué l’identification de Martinez Zogo dans les zones de Tongolo et de Nkolfoulou grâce à des outils de cartographie.

Concernant la période du 17 au 22 janvier 2023, plusieurs échanges et mouvements ont été présentés à l’audience, notamment autour du groupe WhatsApp « Soa », dont plusieurs membres auraient été progressivement retirés.

Parmi les conversations évoquées figure un échange du 22 janvier 2023 entre Justin Danwé et Lenoir Dawa, au cours duquel ce dernier affirme avoir tenté de calmer d’autres personnes après qu’il lui eut été indiqué que Martinez Zogo était asthmatique.

Des communications régulières avec Jean-Pierre Amougou Belinga

L’expert a également présenté des éléments montrant des communications fréquentes entre Justin Danwé et Jean-Pierre Amougou Belinga, particulièrement autour des 18 et 19 janvier 2023.

Selon lui, les données recueillies montrent une présence régulière de Justin Danwé au complexe Beya à Mvan. L’analyse des terminaux ferait apparaître une suppression systématique des messages échangés entre les deux hommes, alors même que les communications vocales via WhatsApp demeuraient nombreuses.

Le témoin a par ailleurs affirmé que Jean-Pierre Amougou Belinga avait supprimé son compte WhatsApp lorsque l’affaire a pris de l’ampleur.

La diffusion d’une vidéo de Martinez Zogo à l’audience

L’un des moments les plus marquants de l’audience est intervenu lorsque l’expert a indiqué avoir retrouvé, dans le compte Google de Godje Oumarou, une vidéo montrant Martinez Zogo dans un état critique.

Projetée pour la première fois au Tribunal militaire de Yaoundé à 14 h 45, cette vidéo montrait un Martinez Zogo agonisant, ensanglanté et implorant de l’aide de ses bourreaux.

Selon le témoin, cette séquence n’a été retrouvée dans aucun des téléphones attribués aux accusés.

Les résultats de l’analyse des autres terminaux

Concernant Maxime Léopold Eko Eko, l’expert a indiqué n’avoir trouvé aucun élément qu’il considère comme pertinent pour l’affaire dans les téléphones analysés. Après une nouvelle suspension d’audience à 15 h, les travaux ont repris à 15 h 24.

S’agissant de Jean-Pierre Amougou Belinga, les analyses menées sur l’iPhone 14 Pro Max, le compte iCloud, le Samsung Z Flip, le compte WhatsApp désactivé ainsi que le Samsung Galaxy S7 n’auraient révélé aucun élément particulier selon l’expert.

Le témoin a toutefois déclaré qu’entre décembre 2021 et 2022, Jean-Pierre Amougou Belinga aurait demandé à Justin Danwé de surveiller le ministère des Finances et de lui rendre compte.

Pour Bruno Bidjang, l’analyse de l’iPhone 13 Pro Max n’aurait également révélé aucun élément particulier. Toutefois, l’expert a affirmé avoir retrouvé un échange daté du 28 décembre 2022 avec Paul Désiré Biya, au cours duquel il aurait été déclaré que « le moment venu, il n’y aura pas de pitié pour Martinez Zogo ».

L’expert a également indiqué que Bruno Bidjang avait échangé avec un certain Ebodé dans le cadre d’une collecte d’informations. Aucun élément n’aurait par ailleurs été découvert dans les équipements de Diane Mveng.

Les questions complémentaires du ministère public

Répondant aux questions du ministère public, le Pr Bell Georges a affirmé que la vidéo retrouvée dans le compte Google de Godje Oumarou n’avait été localisée dans aucun autre téléphone.

Il a également soutenu que, malgré l’effacement de nombreux SMS entre Justin Danwé et Jean-Pierre Amougou Belinga, l’intensité des communications vocales entre les deux hommes demeurait particulièrement élevée.

L’expert a indiqué avoir utilisé plusieurs outils forensiques, notamment Cellebrite.

Interrogé sur la localisation des terminaux, il a affirmé que plusieurs téléphones attribués à des membres du commando avaient borné dans la zone de Soa les 16, 17 et 18 janvier 2023. Selon lui, les données techniques permettent également de situer la zone de traitement de la victime dans ce secteur.

Il a toutefois précisé que l’absence de bornage d’autres téléphones ne permettait pas de conclure à l’absence physique de leurs détenteurs, ceux-ci pouvant avoir éteint leurs appareils ou activé le mode avion.

Les échanges entre Justin Danwé et l’ancien DGI Mopa

L’expert a confirmé l’existence d’échanges entre Justin Danwé et l’ancien directeur général des Impôts, Mopa, entre août et octobre 2022.

À la lecture des communications, il a été relevé que les échanges semblaient réguliers jusqu’à la mi-janvier 2023, période durant laquelle aucune conversation n’apparaîtrait dans les données examinées.

Fin de séance

Parmi les autres éléments évoqués, l’expert a affirmé que le téléphone de Martin Savom avait borné à proximité du colonel Danwé au Mess des officiers.

Il a également déclaré qu’Ebo Clément détenait, sur instruction du colonel Danwé, des vidéos ainsi que des photographies dénudées de Martinez Zogo.

Alors que le ministère public poursuivait son interrogatoire, Me Esther Félicité Zeifman a évoqué la fatigue et la chaleur régnant dans la salle d’audience.

À la demande des parties civiles, l’audience a finalement été suspendue à 17 h 46. Les débats doivent se poursuivre ce mardi avec la phase de contre-interrogatoire du témoin.

?s=32&d=mystery&r=g&forcedefault=1 Affaire Martinez Zogo : Le Tribunal militaire examine les données extraites des téléphones des accusés
La Rédaction