[Vitrine du Cameroun] – Camtel et le Minesup ouvrent 115 places de stage aux jeunes diplômés dans les dix régions du Cameroun, dont dix stages professionnels rémunérés réservés aux titulaires d’un Master 2. Un geste bienvenu, mais modeste face à un taux de chômage des diplômés du supérieur qui atteint 14,8 % chez les 25-35 ans, soit cinq fois celui des jeunes non scolarisés, selon l’Institut national de la statistique.
Un diplôme de l’enseignement supérieur camerounais protège mal du chômage. Selon les données les plus récentes de l’Institut national de la statistique (INS), le taux de chômage chez les 25-35 ans titulaires d’un diplôme supérieur atteint 14,8 %, soit près de cinq fois celui des jeunes non scolarisés de la même tranche d’âge, évalué à 3 %. L’INS y voit la marque d’une profonde inadéquation entre les formations dispensées et les besoins réels d’un marché du travail dominé par des emplois peu qualifiants, le secteur moderne n’offrant que 10 % des postes disponibles dans le pays.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’initiative conjointe de Cameroon Telecommunications (Camtel) et du ministère de l’Enseignement supérieur (Minesup), qui ouvrent 115 places de stage aux étudiants et jeunes diplômés dans les dix régions du pays. Le programme, réparti entre 105 stages académiques et 10 stages professionnels, découle d’un partenariat signé le 3 juin entre les deux institutions, et constitue la première initiative de cette ampleur entre l’entreprise publique de télécommunications et l’administration universitaire.
Une réponse encore modeste, mais qui rompt avec la concentration urbaine
L’un des apports les plus notables du dispositif tient à sa répartition géographique. Alors que les programmes de stage des grandes entreprises camerounaises restent le plus souvent réservés à Yaoundé et Douala, Camtel ouvre des places dans l’ensemble des dix régions. Le Centre et le Littoral concentrent l’essentiel de l’offre, avec respectivement 30 et 25 places, dont les dix seuls stages professionnels rémunérés du programme. Les régions de l’Ouest, du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et du Nord reçoivent chacune dix stages académiques, tandis que l’Adamaoua, l’Est, l’Extrême-Nord et le Sud en obtiennent cinq chacune.
Pour un jeune diplômé résidant hors des deux grandes métropoles économiques, cette ouverture régionale représente une opportunité rare de s’immerger dans le fonctionnement d’une grande entreprise publique sans devoir s’installer à Yaoundé ou à Douala, où se concentre traditionnellement l’essentiel des offres de stage et d’emploi qualifié.
Des profils recherchés qui dépassent la seule technique
Le programme, mis en œuvre par l’Observatoire national des métiers des diplômés de l’enseignement supérieur (OMDES), cible des profils variés. Les dix stages professionnels, réservés aux titulaires d’un Master 2, s’adressent à des diplômés en audit et comptabilité, informatique, sciences commerciales et de gestion, ainsi qu’en droit. Les stages académiques, plus nombreux, s’ouvrent à un éventail plus large de spécialités, incluant juristes d’entreprise, spécialistes des marchés publics, urbanistes, experts en cybersécurité, statisticiens, traducteurs et professionnels des ressources humaines.
Cette diversité illustre la volonté affichée par les deux institutions de rapprocher les formations universitaires classiques, souvent jugées les plus exposées au chômage selon l’INS, des besoins concrets d’une entreprise dont l’activité dépasse les seuls métiers techniques des télécommunications.
Un premier pas face à un problème structurel
Les stages débuteront le 24 août, pour une durée de trois mois pour le volet académique et de six mois, rémunérés, pour le volet professionnel. Les 105 stagiaires académiques ne percevront pas d’indemnité, l’objectif étant avant tout de leur permettre de satisfaire aux exigences pratiques de leur formation et de se familiariser avec le fonctionnement d’une grande entreprise publique.
Le Minesup présente ce partenariat comme un outil au service de « l’amélioration de l’employabilité des diplômés de l’enseignement supérieur, la professionnalisation des enseignements et le développement du concept université-entreprise au Cameroun ». Au regard de l’ampleur du déficit d’insertion mesuré par l’INS, l’initiative reste néanmoins d’une portée limitée, avec seulement 115 bénéficiaires directs. Elle a toutefois valeur de test, dans un pays où l’écart entre le nombre croissant de diplômés du supérieur, en hausse de 12,14 % en moyenne entre 2018 et 2022 selon l’INS, et la capacité du marché du travail à les absorber, continue de se creuser.

