Paul Biya

[Vitrine du Cameroun] – Près de cinq mois après la réélection de Paul Biya à la présidence de la République, le Cameroun attend toujours la nomination d’un nouveau gouvernement. Si l’exécutif sortant, en place depuis 2019, assure la continuité administrative, les milieux économiques scrutent les signaux d’une prochaine recomposition gouvernementale.

Le 10 mars 2026 s’est ouverte la première session ordinaire de l’Assemblée Nationale. Dans son discours d’ouverture de session, la doyenne d’âge Marlyse Soppo Toute, a rappelé que l’agenda annoncé par le Chef de l’État prévoit « la nomination du Gouvernement de la République ». En poste depuis janvier 2019 la légitimité de l’équipe en place à engager des réformes d’ampleur est politiquement fragilisée par son statut d’équipe sortante. Les grandes décisions d’orientation, de réallocation budgétaire, de lancement de nouvelles politiques sectorielles, de nominations à des postes stratégiques, tendent à être différées dans l’expectative d’un renouvellement de l’équipe gouvernementale et de ses priorités.

Des chantiers économiques qui attendent un cap renouvelé

Le Cameroun fait face à plusieurs échéances économiques structurelles. Les négociations avec les institutions financières internationales, les arbitrages liés à la Vision 2035, ou encore la poursuite des grands travaux d’infrastructure requièrent un gouvernement disposant d’une feuille de route explicitement validée par le Chef de l’État réélu. Une équipe sortante, même techniquement compétente, n’incarne pas la même capacité de décision politique qu’un cabinet fraîchement nommé avec un mandat clair.

Par ailleurs, le report quasi acté des élections municipales et législatives, également évoqué dans le discours d’ouverture, prolonge cette période de transition institutionnelle. Les communes, décrites par la doyenne d’âge comme « de véritables pôles de développement socio-économique », ont besoin de mandatures stables pour planifier leurs investissements. Un calendrier électoral indéterminé freine ces dynamiques locales.

La question du signal envoyé aux investisseurs

Pour les opérateurs économiques étrangers, la distinction entre continuité administrative et renouveau gouvernemental est bien connue. Un gouvernement dont le remplacement est annoncé mais non encore effectué n’est pas en mesure de prendre des engagements politiques de long terme au nom de l’État. Dans un environnement régional où plusieurs pays de la CEMAC cherchent à attirer les mêmes flux d’investissements directs étrangers, cette période d’entre-deux peut conduire certains acteurs à adopter une posture attentiste.

Le Parlement comme point d’ancrage institutionnel

Dans ce contexte, l’Assemblée Nationale occupe une position particulière. La session ouverte ce 10 mars devra notamment statuer sur le report des élections législatives — une procédure qui, conformément à l’article 15 alinéa 4 de la Constitution, nécessite le vote d’une loi par les députés eux-mêmes. L’institution parlementaire devient ainsi, le temps de cette transition, l’espace où se joue une partie de la stabilisation du cadre institutionnel camerounais, en attendant que l’exécutif se présente dans sa nouvelle configuration.

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La Rédaction

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