[Vitrine du Cameroun] – Vêtu de bleu, crâne bien rasé, Nwafo Dagobert espérait un miracle ce mercredi matin. Il a eu un verdict : mort par fusillade. Mais avant de se faire abattre, il devra verser 500 millions de FCFA de dommages et intérêts, et plus de 25 milliards de dépens à la famille.

Dix mois. C’est le temps qu’il aura fallu à la justice camerounaise pour rendre sa décision dans l’une des affaires criminelles les plus bouleversantes de ces dernières années. Ce mercredi, l’audience criminelle ordinaire du Tribunal de Grande Instance du Mfoundi a prononcé sa sentence : Nwafo Dagobert est condamné à mort par fusillade pour l’assassinat du petit Ouandji Beao Mathys Nathanaël, dit Bébé Mathis, 6 ans.

Une salle figée par l’émotion

Il est 14h42 lorsque l’audience s’ouvre sous la présidence de Madame Sanama Ekassi Alain, entourée des membres Madame Ngo Bakoa Joséphine, de Messieurs Bias Albert Joël et Nganmigni Jean Marie, ainsi que de la greffière Me Abono Anita. Dans le box des accusés, Nwafo Dagobert, vêtu d’un grand bleu et d’un kongolibon brillant, avait passé toute la matinée en prières, espérant visiblement que l’issue lui serait favorable. Ses espoirs allaient voler en éclats.

La présidente ouvre les débats par la déclaration de culpabilité, sans ambiguïté : le tribunal, « statuant contradictoirement à l’égard des parties en matière criminelle et en premier ressort, après en avoir délibéré à l’unanimité des voix des membres, le déclare coupable du crime d’assassinat prévu et réprimé par les articles 74 alinéa 2 et 276 alinéa 1 A du Code pénal. » À cet instant, l’accusé comprend que la suite sera terrible.

Avant le prononcé de la peine, les avocats de la famille de la victime ont pris la parole avec une intensité rare. Plaidant pour une réparation d’un milliard de francs CFA au titre du seul préjudice moral, ils ont dépeint une famille dévastée, contrainte d’abandonner son quartier, hantée par l’horreur des images d’autopsie. « L’enfant est décédé. Il ne deviendra plus jamais. Quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, on ne le verra plus », ont-ils martelé, évoquant également un préjudice d’anxiété reconnu par la jurisprudence. Ils ont rappelé le contexte particulièrement accablant des faits : Bébé Mathis, un enfant de six ans sans aucun lien avec le conflit qui opposait son père à l’accusé, aurait supplié son agresseur en ces mots — « Tonton Blaise, tu me fais mal » — alors que celui-ci lui enfonçait un poignard de 42 centimètres. Des mots qui ont glacé la salle.

Deux plaidoiries, deux visions de la justice

Le réquisitoire du parquet fut sans concession. Le représentant du Ministère Public a écarté sans détour toute possibilité de circonstances atténuantes, dressant le portrait d’un homme calculateur, qui aurait quitté son domicile, récupéré délibérément le poignard, et marché jusqu’chez son adversaire, frappant finalement l’enfant plutôt que le père.

Il a également fustigé l’absence de mea culpa de l’accusé, soulignant que tenter de justifier l’injustifiable constituait une insulte supplémentaire à la douleur de la famille. Sans surprise, il a requis la peine de mort — et plus précisément, la mort par fusillade publique, invoquant l’article 23 du Code pénal camerounais. « Son corps doit être transpercé par les balles, comme il a transpercé le corps de Bébé Mathis avec son poignard », a-t-il déclaré, dans une envolée oratoire que d’aucuns jugeront saisissante de conviction.

Face à cette avalanche, les avocats de la défense ont choisi une ligne plus philosophique que factuelle. Invoquant l’évolution du droit pénal et l’adhésion du Cameroun au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui prône l’abolition de la peine de mort, ils ont plaidé pour une justice réparatrice plutôt que vengeresse. Ils ont mis en avant la qualité de primo-délinquant de leur client, son attitude à l’audience et son expression de regrets, soutenant qu’il n’avait à aucun moment cherché à se soustraire à sa responsabilité. Une défense courageuse dans un contexte émotionnel particulièrement hostile.

La mort, trois mots, et l’écho d’une famille brisée

Après délibérations à l’unanimité, le tribunal a tranché. Nwafo Dagobert est condamné à la peine de mort par fusillade, conformément aux articles 23 alinéa 1 B et 237 alinéa 1 A du Code pénal. Sur le plan civil, il est condamné à verser aux ayants droit la somme de 500 000 000 FCFA en réparation du préjudice subi, dont 400 millions au titre du préjudice moral et 100 millions pour le préjudice matériel. Le tribunal a par ailleurs condamné l’accusé au paiement de 25 825 028 650 FCFA au titre des dépens, ordonné la confiscation du poignard ayant servi d’arme du crime, et décerné deux mandats d’incarcération — l’un pour contrainte par corps d’une durée de cinq ans, l’autre en attente de l’exécution de la sentence capitale. Les parties ont été avisées d’un délai d’appel de dix jours à compter du lendemain de la décision.

Avant que le verdict ne soit définitivement scellé, la présidente avait demandé à l’accusé s’il souhaitait prononcer un dernier mot. Nwafo Dagobert, qui avait prié toute la matinée, n’a trouvé que trois mots : « Je demande pardon. » Trois mots. Trop peu, trop tard, pour Bébé Mathis — et pour une famille que rien ne pourra jamais vraiment consoler.

L’affaire demeure susceptible d’appel dans les dix jours suivant le prononcé du jugement.

?s=32&d=mystery&r=g&forcedefault=1 Affaire Bébé Mathis : Dagobert Nwafo condamné à la peine capitale assortie d’une amende de 500 millions de FCFA
La Rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *