[Vitrine du Cameroun] – Du sous-sol de l’Est aux marchés de Yaoundé et Douala, les ressortissants chinois au Cameroun accumulent les infractions. Mines illégales, violences sur employés, des salaires de catéchistes, pression foncière, colonisation commerciale progressive… sont des pratiques dont sont passés pour maitre, les ressortissants chinois au Cameroun, sous le silence presque complice de l’État.

Le 2 mai 2026, une vidéo sort sur les réseaux sociaux. Elle est filmée à l’intérieur du Sino Mart, un supermarché du marché Elig-Edzoa à Yaoundé. On y voit un homme, identifié comme Arnaud Ombe Boya, recevoir des coups de fouet, d’abord debout, puis couché à terre, hurlant. Son bourreau ? Un militaire en service de garde, agissant sur ordre du patron de l’établissement, un ressortissant chinois nommé Yan Min. La raison invoquée : « le vol supposé d’un paquet de pâtes ».

Le Groupement de Gendarmerie de Yaoundé 1 a réagi dans la soirée même. Yan Min, le PDG du Sino Mart, a été interpellé, ainsi que Lizina Tairama Justin, son interprète tchadien, et trois autres ressortissants chinois présents sur les lieux. Une enquête a été ouverte. Le militaire qui a physiquement administré les coups n’était pas encore formellement identifié au moment de la publication des premières dépêches.

Cette scène n’est pas un accident de parcours. Des témoignages indiquent que plusieurs employés subissent des sévices corporels pour des fautes commises au sein d’entreprises tenues par des ressortissants chinois, et que ces violences passent le plus souvent par des Camerounais employés comme agents de sécurité, sans saisine de la police, de la gendarmerie ou de la justice. La vidéo du Sino Mart donne un visage à ce que beaucoup décrivent depuis des années sans que les autorités ne bougent.

L’Est, une région livrée aux excavatrices

À plusieurs centaines de kilomètres de Yaoundé, dans la région de l’Est, la situation est d’une autre nature mais d’une même logique. Depuis quelques années, des ressortissants chinois ont investi le sous-sol camerounais à la quête des réserves d’or qui, selon le gouvernement, couvrent une superficie de 20 000 kilomètres carrés répartis sur une centaine de villages.

Le code minier de 2016 est pourtant clair. Seules les personnes morales de droit camerounais sont autorisées à pratiquer l’exploitation artisanale semi-mécanisée. Sur le terrain, ce texte ne s’applique pas. La plupart des petites compagnies minières sont soit des joint-ventures entre Asiatiques et Camerounais, soit des sociétés-écrans entièrement contrôlées par des Chinois derrière une façade légale camerounaise. Un responsable de l’ex-Cadre d’Appui à l’Artisanat Minier (CAPAM) le résume sans détour : « Ce sont des sociétés-écrans qui appartiennent en réalité aux hautes autorités de ce pays, qui sous-traitent le pillage de nos ressources minières à des Chinois. »

Des enquêtes ont révélé des deals financiers entre opérateurs miniers chinois et sociétés minières appartenant à des élites politiques influentes, permettant une exploitation illégale de l’or avec des quantités non déclarées et une fiscalité contournée.

Les conséquences environnementales sont sans équivoque. Les cours d’eau qui ceinturent les sites miniers ont pris une couleur jaunâtre à cause de la boue rejetée. En saison sèche, les poissons meurent et flottent à la surface. Les populations éprouvent des difficultés à trouver de l’eau potable et ne peuvent plus pêcher dans le fleuve Kadei en raison du degré de pollution de ses eaux. Le mercure, pourtant interdit, reste massivement utilisé pour le traitement de l’or. Entre maladies hydriques, infections pulmonaires et maladies de la peau, les communautés n’ont que leurs yeux pour pleurer.

Le bilan humain est lourd. Selon un recensement effectué par l’ONG Foder entre 2015 et 2022, 205 décès ont été enregistrés dans les sites miniers des régions de l’Est et de l’Adamaoua, dont 12 cas de noyades dans des lacs artificiels. Les 193 autres décès étaient dus aux éboulements et glissements de terrain causés par des trous béants abandonnés.

Akwa : le foncier au cœur des tensions

À Douala, c’est une autre forme de présence qui nourrit les suspicions. Le 30 juillet 2025, un incendie de grande ampleur a ravagé le lieu-dit « douche municipale » à Akwa, dans le premier arrondissement. Les flammes ont réduit en cendres des maisons d’habitations et des boutiques. Sur les réseaux sociaux, des témoignages évoquent un acte volontaire orchestré par des commerçants chinois pour s’emparer de l’espace commercial du quartier. Le président de la Chambre de Commerce Chinoise au Cameroun, Weng Mingfa, avait certes démenti ces accusations, arguant que ses compatriotes ont eux-mêmes subi des pertes lors de l’incendie.

La méfiance persiste. Akwa, premier quartier commercial de Douala, fait l’objet d’une colonisation commerciale progressive par les ressortissants chinois, avec des boutiques, des supermarchés et des immeubles entiers rachetés ou loués sur des baux de longue durée. Ce mouvement s’inscrit dans un contexte de pression foncière croissante que la Communauté Urbaine de Douala a reconnu en activant, depuis août 2024, un droit de préemption sur les ventes de terrains de plus de 2 000 m² dans un rayon de plusieurs kilomètres autour du centre-ville.

Un État absent, des élites complices

Le problème camerounais avec la présence chinoise ne tient pas seulement aux ressortissants étrangers. Il tient à la structure d’accueil que leur offre le système politique local. Derrière chaque opérateur minier chinois se trouve le plus souvent une personnalité de la République, selon les mots mêmes de ceux qui ont enquêté sur le terrain. Des leaders communautaires qui s’opposent aux projets miniers reçoivent des menaces, et des figures influentes imposent des mesures de silence, empêchant toute discussion ouverte.

Le ministre des Mines avait déclaré en 2018 : « Le Cameroun n’est pas un no man’s land », après avoir constaté les activités illégales des opérateurs chinois à Betaré Oya. Quatre sociétés avaient alors été mises en demeure de suspendre leurs activités dans la région de l’Est. Peace Mining, Lu et Lang, Hong Kong et la Société Camerounaise d’Exploitation Minière ont été sommées de cesser toute exploitation sur l’étendue du territoire. La suspension n’a duré que le temps d’une déclaration. Les excavatrices ont repris.

Le cas du Sino Mart de Yaoundé, en ce début mai 2026, rappelle que la question n’est pas nationale mais systémique. Tant que les autorités n’apporteront pas de réponses judiciaires durables, les ressortissants chinois au Cameroun continueront d’opérer dans un vide que comble l’impunité.

?s=32&d=mystery&r=g&forcedefault=1 Sous-sol pillé, travailleurs fouettés, quartiers rachetés : Jusqu'où les Chinois peuvent-ils aller au Cameroun ?
La Rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *