[Vitrine du Cameroun] À son siège au quartier Mimboman, l’association Promhandicam a réuni, du mercredi 29 au jeudi 30 avril, responsables d’organisations de personnes handicapées, militants associatifs et partenaires autour d’un atelier de renforcement de capacités. Une rencontre inscrite dans un projet plus large visant à améliorer l’autonomisation économique de ce public encore largement marginalisé.

Dans la salle de conférence du siège de l’organisation, les échanges s’inscrivent dans une continuité. Quelques semaines après un premier café de plaidoyer consacré à l’éducation inclusive avec les acteurs locaux de Mfou, l’atelier de renforcement des organisations des personnes handicapées sur le montage des micro-projets et la recherche de financement se veut plus opérationnelle. Elle s’attaque à une autre réalité : celle de la dépendance économique de nombreuses personnes handicapées et du manque de structuration des organisations qui les représentent.

Le constat est connu, mais rarement traité de manière aussi frontale. Dans les pays à faibles revenus, où vivent près de 80 % des personnes handicapées, celles-ci restent confrontées à des formes multiples d’exclusion : accès limité aux services, précarité, difficulté d’accès à l’emploi. Au Cameroun, ces fragilités se traduisent notamment par une faible capacité des organisations à porter des projets viables et à mobiliser des financements.

C’est précisément sur ce point que l’atelier entend agir. « L’activité précédente portait sur l’accès à l’éducation inclusive. Celle-ci s’inscrit dans le deuxième axe du projet, consacré à l’autonomisation socio-économique », explique Michel Fozeu, responsable du plaidoyer à Promhandicam. « L’objectif est désormais de franchir un cap : passer de la sensibilisation à l’action concrète, en dotant les organisations d’outils pour concevoir et financer leurs propres initiatives », développe-t-il.

Fozeu- À Yaoundé, Promhandicam mise sur la formation pour sortir les personnes handicapées de la précarité

Pendant deux jours, les participants sont invités à se familiariser avec les mécanismes du montage de micro-projets, à comprendre leur cycle de vie et à explorer les pistes de financement. La formation aborde également la gestion financière et les techniques de recherche de partenaires, autant de compétences encore peu maîtrisées par de nombreuses associations.

Dans son propos introductif, le directeur général de Promhandicam, Eustache Essouma Mbarga, a posé les termes du débat sans détour. « Peut-on s’épanouir sans ressources ? » interroge-t-il, avant de rappeler que la réussite des initiatives repose d’abord sur la capacité des acteurs à structurer leurs idées et à valoriser leurs propres moyens. Pour lui, l’enjeu n’est pas d’attendre un soutien extérieur immédiat, mais d’apprendre à transformer les ressources existantes — humaines, matérielles ou intellectuelles — en leviers d’action.

Cette approche tranche avec certaines attentes exprimées sur le terrain. « Beaucoup pensent qu’à la fin de l’atelier, on leur donnera directement des financements. Ce n’est pas l’objectif », insiste-t-il, appelant plutôt à exploiter les connaissances acquises et les échanges d’expérience pour faire émerger des projets solides et crédibles. À terme, l’association prévoit d’assurer un suivi des initiatives pour mesurer leur évolution et leur impact.

Sur le terrain, les attentes sont fortes. Pour Amina Ibrahim, présidente de l’Association des femmes handicapées dynamiques du Cameroun, l’accès aux financements reste une condition essentielle pour agir efficacement. « Nous avons besoin d’outils pour le leadership, mais aussi pour accéder aux ressources financières », explique-t-elle. Dans son association, les actions menées concernent notamment l’accompagnement des enfants atteints d’infirmité motrice cérébrale, avec un travail de sensibilisation auprès des familles et un soutien concret en matière de rééducation ou de prise en charge.

Mais sans moyens suffisants, ces initiatives restent limitées. « Nous voulons montrer que le handicap n’est pas une fatalité, mais pour cela, il faut pouvoir soutenir davantage de personnes », poursuit-elle. La formation apparaît dès lors comme un levier pour élargir ces actions et renforcer leur portée.

Au-delà des cas individuels, l’atelier met en lumière une problématique plus large : celle de la crédibilité des organisations de personnes handicapées. Pour Promhandicam, l’autonomisation passe aussi par une meilleure structuration interne, une gestion rigoureuse des ressources et une capacité à convaincre des partenaires. Autant d’éléments qui conditionnent l’accès aux financements et la pérennité des projets.

Les sessions organisées s’inscrivent dans une dynamique amorcée depuis plusieurs années par l’association, qui revendique déjà des résultats concrets. Certaines personnes handicapées ont ainsi pu développer des activités génératrices de revenus dans des domaines variés, allant de la couture au commerce. Une évolution qui reste encore marginale, mais qui témoigne du potentiel de transformation lorsque les conditions sont réunies.

À Mimboman, l’ambition affichée est claire : faire évoluer durablement les pratiques. « Au sortir de cet atelier, nos organisations doivent changer », martèle Eustache Essouma Mbarga, convaincu que les outils transmis permettront d’enclencher une dynamique nouvelle. Reste désormais à traduire ces intentions en actions concrètes, dans un environnement où les obstacles demeurent nombreux.

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Keyza MZ

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