[Vitrine du Cameroun] – Artisan de l’électrification du Cameroun mais aussi symbole d’un pouvoir vieillissant, le natif de Banganté dans la région de l’Ouest quitte la scène seulement quelques jours après la révision constitutionnelle.

Le Cameroun vient de perdre l’une de ses figures politiques les plus emblématiques. Marcel Niat Njifendji, ancien président du Sénat et véritable pilier du régime de Paul Biya, s’est éteint ce vendredi au Centre hospitalier universitaire de Yaoundé à l’âge de 91 ans, des suites d’une longue maladie. Avec lui disparaît l’un des derniers témoins d’une époque où la compétence technique rimait encore avec engagement politique.

Né le 26 octobre 1934 à Bangangté, dans la région de l’Ouest, Marcel Niat Njifendji n’était pas un politicien ordinaire. Avant d’être un homme de pouvoir, il fut d’abord un ingénieur brillant, lauréat en 1954 du concours général de France et de l’Union française en histoire-géographie. Diplômé de l’École nationale supérieure d’électrotechnique, d’électronique, d’informatique, d’hydraulique et des télécommunications de Toulouse, il intègre la fonction publique camerounaise en 1960 comme ingénieur des Ponts et Chaussées.

C’est à la direction de la SONEL (Société nationale d’électricité du Cameroun), qu’il dirigera pendant près de deux décennies – de 1974 à 1984, puis de 1989 à 2001 – que Marcel Niat Njifendji va inscrire son nom dans l’histoire du développement camerounais. Sous sa houlette, le pays se dote d’infrastructures énergétiques majeures : les barrages de Bamendjing, de Bakaou et de Lagdo, la centrale hydroélectrique de Song Loulou dont il double audacieusement le nombre de turbines, anticipant ainsi les besoins futurs du pays.

Son ancien directeur financier, Garga Haman Hadji, se souviendra de cette décision solitaire et visionnaire qui permit d’éviter de futurs délestages massifs. Plus de 2000 villes et villages seront électrifiés sous sa direction, posant les bases du développement industriel et urbain du Cameroun moderne.

Le parcours d’un géant politique

L’itinéraire de Marcel Niat Njifendji épouse l’histoire contemporaine du Cameroun dans ce qu’elle a de plus tragique et de plus complexe. En avril 1984, après la tentative de coup d’État du 6 avril, il est arrêté et incarcéré pendant huit mois à la sinistre prison de Kondengui. Dans sa cellule, il demande à ses codétenus de lui lire la Bible. C’est Issa Tchiroma Bakary, futur ministre devenu aujourd’hui opposant en exil, qui la lui lira intégralement. Un moment de partage qui lie à jamais deux destins que l’histoire politique séparera ensuite radicalement.

Libéré sans charges en décembre 1984, Niat Njifendji poursuit son ascension. Ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire en 1990, il devient vice-Premier ministre chargé des Mines, de l’Eau et de l’Énergie en 1992, avant de quitter le gouvernement en 2001. Député du RDPC dans le Ndé, maire de Bangangté de 2002 à 2007, il occupe tous les échelons de la République avant de devenir, le 12 juin 2013, le tout premier président du Sénat camerounais.

Treize ans au sommet : entre longévité exceptionnelle et controverses

Réélu treize fois consécutives à la présidence du Sénat, toujours sans concurrent, Marcel Niat Njifendji incarnait la stabilité du système Biya autant que son immobilisme. En tant que président du Sénat, il était constitutionnellement la deuxième personnalité de l’État et le successeur désigné du président de la République en cas de vacance du pouvoir.

Mais sa santé déclinante posait depuis plusieurs années une question aussi cruelle qu’inévitable : comment un nonagénaire régulièrement hospitalisé en France, parfois absent pendant des mois de l’espace public camerounais, pouvait-il assurer la continuité de l’État en cas de besoin ? Sa dernière apparition publique remontait au 11 juin 2025, lors de l’ouverture de la session ordinaire du Sénat. Visiblement affaibli, il avait néanmoins déclaré avec force : « Je tenais à faire ce discours pour dire que je suis là. Des choses se disent mais je suis toujours là. La maladie passera mais le Cameroun restera. »

Plusieurs fois donné pour mort par les réseaux sociaux, Marcel Niat Njifendji avait survécu à toutes les rumeurs jusqu’à ce 11 avril 2026. En mars dernier, affaibli par l’âge et la maladie, il avait finalement quitté la présidence du Sénat, remplacé par Aboubakary Abdoulaye, 64 ans, lamido de Rey-Bouba et premier vice-président sortant.

Le mécène culturel et l’homme de foi

Au-delà de l’homme d’État, Marcel Niat Njifendji laisse l’image d’un grand promoteur de la culture medumba. Membre fondateur et coordonnateur du Kum Ntsi, il œuvrait inlassablement pour l’enseignement et la vulgarisation de cette langue de l’Ouest camerounais. Son association a notamment contribué à la traduction de la Bible en medumba et organisé pendant des années le Festival des Arts et Culture Medumba.

À travers la Fondation Niat, créée en hommage à son père infirmier, il finançait la construction de salles de classe et de forages, la réhabilitation de formations sanitaires et l’octroi de bourses scolaires aux élèves méritants. Une dimension philanthropique souvent méconnue d’un homme dont la vie publique fut marquée par une discrétion qui contrastait avec l’ampleur de son influence.

Une page se tourne dans le système Biya

Le décès de Marcel Niat Njifendji survient quelques jours seulement après l’adoption, le 4 avril 2026, d’une révision constitutionnelle réintroduisant le poste de vice-président de la République. Une réforme qui, symboliquement, clôt définitivement l’ère où le président du Sénat était le dauphin constitutionnel du chef de l’État.

Avec la disparition de cet ingénieur devenu homme d’État, c’est toute une génération de bâtisseurs qui s’éteint. Des hommes qui, formés dans les grandes écoles françaises au lendemain des indépendances, ont mis leur expertise technique au service de la construction nationale avant de se muer en piliers d’un système politique dont la longévité défie toutes les prévisions.

Marcel Niat Njifendji laisse derrière lui l’image d’un homme « posé et puissant, qui savait apprécier la compétence et l’efficacité », selon les mots d’un ancien collaborateur. Un homme qui, pendant plus de six décennies, aura servi le Cameroun avec une loyauté indéfectible, pour le meilleur et pour le pire.

?s=32&d=mystery&r=g&forcedefault=1 Marcel Niat Njifendji, ex-président du Sénat est mort
Monebetoume Mbelle

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