[Vitrine du Cameroun]-Le siège de l’association Promhandicam à Yaoundé a servi de cadre, du jeudi 7 au vendredi 8 mai 2026, à un atelier de formation des des enseignants sur les techniques d’apprentissage adaptées aux apprenants déficients visuels et ceux ayant d’autres difficultés d’apprentissage. Objectif : transformer les pratiques pédagogiques pour briser les barrières de l’exclusion scolaire qui frappent encore durement les élèves handicapés au Cameroun.

Réunissant une dizaine d’enseignants venus des établissements secondaires du Mfoundi et de la Mefou-et-Afamba, la rencontre visait à réduire l’écart persistant entre les avancées législatives et la réalité des salles de classe, où le manque de formation initiale des pédagogues constitue encore un défi majeur.  L’ouverture des travaux a été marquée par le discours d’Eustache Essouma, directeur général de Promhandicam, lequel a insisté sur la nécessité de transformer les pratiques de transmission des savoirs pour mieux les adapter aux spécificités liées au handicap. « Au sortir d’ici, vous aurez déjà un œil différent, une approche différente, et peut-être ajouter un petit plus dans vos pratiques de transmission des savoirs à vos élèves… Cela va vous permettre de mieux aborder la spécificité de certains de vos élèves auxquels on fait souvent face », promet-il aux participants.

Des chiffres qui interpellent

À la suite de cette ouverture, Ilary Mebou, chargée du suivi-évaluation du projet, a replacé l’atelier dans un contexte national encore préoccupant. Elle a rappelé qu’au Cameroun, le taux net de scolarisation ajusté atteint 85,6 % au primaire et 60 % au secondaire, mais que seuls 35,1 % des enfants handicapés bénéficient d’une forme d’éducation. Dans la région du Centre, le taux de scolarisation primaire est estimé à 76,6 %, avec seulement 40,4 % d’enfants arrivant au terme du cycle primaire et 20 % atteignant le secondaire. Ces chiffres, a-t-elle souligné, traduisent l’écart persistant entre les ambitions de l’éducation inclusive et la réalité vécue par les apprenants handicapés.

La chargée du suivi-évaluation a également rappelé que le projet P10630, mis en œuvre d’août 2024 à décembre 2026, vise à contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des personnes handicapées dans la région du Centre. Il cible notamment 3 000 personnes handicapées, dont 2 500 enfants et 500 adultes, 60 organisations de personnes handicapées, 15 groupes d’entraide de parents, 15 établissements scolaires, deux universités publiques, deux ENIET, quatre ENIEG, ainsi que 100 écoles maternelles et primaires. Dans cette architecture, les enseignants occupent une place décisive. Ilary Mebou les a présentés comme des « acteurs capables d’intégrer l’approche handicap dans les pratiques quotidiennes de classe », là où se joue concrètement l’accès aux savoirs.

Atelier-pratique-1024x577 Education inclusive : Promhandicam forme des enseignants à un meilleur encadrement des élèves déficients visuels

Comprendre la notion du handicap et les défis de l’éducation inclusive

Les échanges se sont ensuite poursuivis autour de plusieurs modules portant sur la compréhension du handicap, le cadre juridique de l’éducation inclusive, les méthodes pédagogiques adaptées ou encore les techniques d’évaluation inclusives. Cette session a été conduite par Gabriel Foyang, enseignant de philosophie, déficient visuel et chercheur sur les questions de l’inclusion. Le facilitateur du jour a clarifié les concepts fondamentaux en précisant la nuance entre handicap et déficience. Il a défini la déficience comme une altération des fonctions psychologiques, physiologiques ou anatomiques, tout en expliquant que le handicap, lui, réside dans la limitation de la pleine participation sociale. « Aujourd’hui, le handicap est beaucoup plus social que pathologique… C’est la manipulation sociale de cette déficience-là. Le fait de ne pas pouvoir communiquer avec les autres ou de ne pas pouvoir bénéficier des services sociaux de base comme l’école », asserte Gabriel Foyang au micro de Vitrine du Cameroun.

Les enseignants dans la peau d’un élève déficient visuel

Pour donner une dimension concrète à ces concepts, l’atelier a intégré une expérience immersive marquante durant laquelle les enseignants ont été invités à se couvrir les yeux avec des masques pendant une dizaine de minutes. 

Cette immersion dans l’obscurité a suscité des réactions profondes et contrastées chez les participants. Pour Gladys Ngan, enseignante au lycée de Nkol Ndongo, ce moment a été riche en enseignement car ne pas voir nous amène à nous concentrer sur d’autres sens : l’ouïe et le toucher, tout en ajoutant qu’on se sent plus vulnérable. De son côté, Fabrice Ananga du lycée de Mballa II a révélé avoir senti plus qu’avant la valeur de la vue. « Tout bruit autour de soi est perçu comme un danger », note-t-il.

Zacharie Élang Mbezele, censeur au lycée d’Ekounou, a confié être d’ores et déjà confronté aux réalités de l’inclusion au sein de son établissement où de nombreux élèves déficients visuels sont encadrés par le contact physique et l’utilisation de leurs noms plutôt que de termes discriminatoires.

« Au lycée d’Ekounou, nous avons de nombreux élèves déficients visuels que nous encadrons en appliquant déjà certaines méthodes évoquées ici. Le contact physique, les nommer par leur nom et non de façon discriminatoire. Et une fois proche d’eux, on se rend mieux compte de leur adaptabilité. En dictant le cours, je constate qu’ils sont plus rapides dans la prise de notes que leurs camarades valides », relate l’enseignant.

À ses expériences personnelles, seront agrégés des savoirs précieux acquis au cours de ces échanges. Les enseignants présents deviendront des ambassadeurs de l’inclusion dans un milieu éducatif où le handicap demeure encore, en 2026, un frein pour l’accès aux savoirs, droit fondamental de tout citoyen.

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Keyza MZ

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