[Vitrine du Cameroun] – La Communauté urbaine de Douala et le groupe Huawei ont signé le 28 avril 2026 un protocole d’accord portant sur la modernisation numérique de la capitale économique camerounaise. Vidéosurveillance, gestion du trafic, foncier digital et connectivité sont au programme.

La Communauté urbaine de Douala et le groupe technologique chinois Huawei ont signé, le mardi 28 avril en Chine, un protocole d’accord stratégique pour accompagner la modernisation numérique de la capitale économique camerounaise. Un accord qui place officiellement Douala dans le giron du programme mondial « Safe City » du géant de Shenzhen, aux côtés de plus d’une centaine de métropoles réparties dans une trentaine de pays.

Ce partenariat, qui reste à ce stade un accord de principe, prévoit un accompagnement technique autour de plusieurs axes structurants de la gestion urbaine. Il porte notamment sur le déploiement de solutions de vidéosurveillance, la mise en place de systèmes intelligents de gestion du trafic et l’extension des infrastructures de connectivité, notamment le réseau de fibre optique municipal.

Le projet inclut également des solutions de gestion intelligente de l’éclairage public, permettant un pilotage à distance des infrastructures afin de réduire les coûts énergétiques et d’améliorer la maintenance. Un volet formation complète le dispositif : un programme de transfert de compétences est prévu, avec la formation d’ingénieurs et de cadres municipaux aux technologies numériques, via les programmes de Huawei.

Le foncier, chantier prioritaire

Un volet central porte sur la transformation numérique du foncier. La CUD envisage la digitalisation d’environ 200 000 dossiers fonciers ainsi que l’introduction d’un certificat de possession numérique. L’objectif est de sécuriser les transactions foncières et de réduire les litiges, dans un contexte où la pression sur le foncier constitue un enjeu majeur pour l’aménagement urbain et l’investissement.

Ce chantier est potentiellement le plus transformateur du projet. Dans une ville de plus de 3,5 millions d’habitants soumise à une urbanisation accélérée, la désorganisation du cadastre freine à la fois l’accès à la propriété et l’attractivité des investisseurs privés. La dématérialisation des actes fonciers pourrait constituer un levier décisif pour la planification urbaine et la mobilisation des recettes fiscales locales.

Huawei, architecte discret des métropoles africaines

Huawei n’en est pas à sa première intervention dans ce type de projets en Afrique. Le groupe chinois a déjà déployé des solutions de villes intelligentes dans plusieurs métropoles du continent, notamment à Nairobi et Mombasa au Kenya, où ses systèmes de vidéosurveillance et de gestion urbaine ont été intégrés aux dispositifs de sécurité publique. En Afrique du Sud, la ville d’Ekurhuleni a bénéficié de l’accompagnement du groupe pour le déploiement de réseaux numériques, de solutions cloud et d’applications de gestion urbaine. Au Sénégal également, Huawei met en œuvre un projet à Dakar pour numériser le trafic routier.

Ces initiatives s’inscrivent dans la stratégie globale de Huawei autour des « Safe City », un programme qui couvre aujourd’hui plus de 100 villes dans une trentaine de pays, combinant vidéosurveillance, gestion du trafic et plateformes de données urbaines. L’Afrique subsaharienne s’impose progressivement comme l’un des terrains d’expansion prioritaires de ce programme, portée par l’urbanisation rapide du continent et la demande croissante des municipalités en solutions de gouvernance numérique.

Des zones d’ombre à lever

Le protocole signé à Pékin soulève néanmoins des questions que l’enthousiasme des annonces ne saurait occulter. Les modalités financières et le calendrier de mise en œuvre n’ont pas été précisés. Le montage budgétaire, prêt souverain, financement municipal, participation privée, reste inconnu, tout comme les conditions de propriété et d’hébergement des données collectées par les dispositifs de surveillance.

La question de la souveraineté des données urbaines est centrale. Les systèmes de vidéosurveillance et de gestion du trafic génèrent des volumes considérables d’informations sensibles sur les populations. Le cadre juridique applicable à leur traitement, leur conservation et leur éventuel transfert vers des serveurs extérieurs au territoire camerounais n’a pas été évoqué dans les communications officielles.

Un signal pour l’Afrique centrale

Au-delà de Douala, cet accord pourrait faire école dans une sous-région où les grandes métropoles (Yaoundé, Libreville, Brazzaville) cherchent des modèles de modernisation urbaine adaptés à leurs contraintes budgétaires et à leur niveau d’infrastructure. L’initiative intervient dans une ville confrontée à une urbanisation rapide et à des défis croissants en matière de mobilité, de gestion foncière et de services publics.

Pour la Communauté urbaine de Douala, l’enjeu est double : améliorer le cadre de vie de ses habitants et renforcer son attractivité économique à l’échelle continentale. Pour Huawei, il s’agit d’ancrer un peu plus sa présence dans les infrastructures critiques du continent africain. Les deux agendas se rejoignent, pour l’instant, sur le papier d’un protocole d’accord.

La suite dépendra de la capacité des deux parties à transformer cet accord de principe en chantier concret — et à répondre aux questions que soulève, légitimement, tout projet de ville intelligente : qui surveille, qui décide, et au profit de qui.

?s=32&d=mystery&r=g&forcedefault=1 Cameroun : Douala rejoint le réseau des « Safe City » de Huawei
La Rédaction

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