[Vitrine du Cameroun] – Dans une dénonciation formelle, le Conseil de l’Ordre des avocats accuse la chaîne télévisée d’avoir « chosifié » et « caricaturé » Maître Zeifman, constituée dans l’affaire Martinez Zogo, et réclame des sanctions contre l’organe de presse.

Le Barreau du Cameroun a saisi le Conseil National de la Communication (CNC) au sujet d’un reportage diffusé les 2 et 3 juin 2026 sur la chaîne Vision 4, et largement relayé depuis sur les réseaux sociaux. Dans un courrier signé par le Bâtonnier de l’Ordre, Me Mbah Eric Mbah, référencé 120/MEM/BOA/NEG/2026, l’institution affirme avoir été interpellée par plusieurs de ses membres et avoir pris connaissance, avec une vive préoccupation, du contenu de cette séquence.

Des propos jugés attentatoires à la dignité

Selon le courrier, le reportage contient des commentaires et des images visant Maître Zeifman, avocate constituée pour la défense des intérêts de la famille de la victime dans le procès dit « affaire Martinez Zogo ». Le Barreau cite plusieurs formulations employées à l’antenne, qu’il qualifie d’une « rare agressivité verbale et psychologique » : l’avocate y est notamment désignée comme « la veuve noire, phénomène physique vivant naturel » et comme « spécimen référentiel des musées de laideur », ces propos étant associés à la diffusion d’images d’araignée.

Pour le Conseil de l’Ordre, cette combinaison de mots et d’images « tendent clairement à chosifier l’avocate concernée, à la caricaturer et porter atteinte à sa dignité ».

Le document mentionne également des allégations relayées dans le reportage, selon lesquelles l’avocate aurait fait l’objet d’une suspension par le Barreau de Paris « pour des faits se rapportant aux questions d’éthique et de déontologie professionnelle », ainsi que d’une « radiation à vie » prononcée par le Barreau du Cameroun. Le Conseil de l’Ordre conteste ces affirmations, qu’il qualifie de « propos diffamatoires qui visent essentiellement à ternir l’image de notre consœur et à porter atteinte à sa réputation et son honorabilité ».

Un rappel du statut protecteur de l’avocat

Au-delà du cas individuel, la lettre rappelle que l’avocat, en tant qu’auxiliaire de justice, « concourt au bon fonctionnement du service public de la justice et bénéficie, à ce titre, du respect dû à sa fonction comme à sa personne ». Le Barreau souligne que les atteintes publiques à la dignité d’un avocat, par voie de presse ou de communication audiovisuelle, risquent de « fragiliser la confiance du public dans l’institution judiciaire et dans l’exercice serein des droits de la défense ».

Le courrier prend soin de circonscrire le périmètre de sa démarche : il évoque l’existence de liens entre l’affaire judiciaire en cours et la chaîne de télévision auteure du reportage, présentés comme « de notoriété publique », mais précise que ces liens « ne constituent pas l’objet de la présente dénonciation ».

Un cadre réglementaire invoqué

Le Barreau fonde sa saisine sur le décret n° 2012/038 du 23 janvier 2012 portant réorganisation du CNC, citant notamment les articles 2, 4(1), 5 et 6. L’article 4(1) dispose que le Conseil « veille par ses décisions et avis au respect des lois et règlements en matière de communication sociale, de l’éthique et de la déontologie professionnelles […] et de la liberté et de la responsabilité des médias ». L’article 6 confère par ailleurs au CNC la compétence pour sanctionner les professionnels du secteur en cas de manquement à l’éthique et à la déontologie.

Tout en reconnaissant que « la liberté de la communication audiovisuelle constitue un principe fondamental dans toute société démocratique », le Conseil de l’Ordre estime que cette liberté « ne saurait s’exercer au mépris des lois et règlements en vigueur, des règles d’éthique et de déontologie professionnelles, du devoir de neutralité [et] du respect de la dignité de la personne humaine ».

?s=32&d=mystery&r=g&forcedefault=1 Le Barreau monte au créneau contre Vision 4 et saisit le CNC pour « atteinte à la dignité » d'une avocate
La Rédaction