[Vitrine du Cameroun] – L’Assemblée nationale camerounaise vient de confier à un groupe hospitalier turc, la couverture médicale de ses parlementaires et de son personnel administratif, sans appel d’offres. Un accord signé à Istanbul, dont le montant reste soigneusement gardé secret, et dont les contours révèlent des connexions politiques qui méritent d’être éclairées.

L’Assemblée nationale a retenu le groupe turc Memorial Health Group pour un partenariat dans la prise en charge médicale de ses députés et de son personnel. Selon une communication de l’institution, l’objectif est de donner aux parlementaires et aux agents administratifs un accès privilégié à des soins de haute technicité. Un objectif louable en apparence, mais dont les modalités d’attribution interpellent.

L’accord a été signé le 3 mars à Istanbul par le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, et les responsables du Memorial Health Group. La cérémonie s’est tenue en terre turque, loin des regards et des procédures habituelles de passation des marchés publics. Aucune mise en concurrence publique, aucune information budgétaire divulguée : le montant de ce partenariat n’a pas été rendu public par le bureau du président de l’Assemblée nationale, alors même qu’il est présenté comme un contrat juteux.

L’opacité est d’autant plus troublante que le choix du prestataire semble loin d’être anodin. La délégation du président comprenait notamment Mohamadou Atikou Kalda, présenté comme proche de Cavaye Yéguié Djibril et directeur général de Memorial Cameroun, la succursale camerounaise du Memorial Health Group. En d’autres termes, l’homme qui a accompagné la signature du contrat à Istanbul est aussi celui qui dirige l’entreprise qui en bénéficie directement au Cameroun. Une imbrication des rôles qui, dans tout système de bonne gouvernance, aurait dû déclencher des alarmes.

Le profil de Mohamadou Atikou Kalda n’est pas inconnu de la scène politique camerounaise. Il est notamment impliqué dans l’organisation du meeting « 100 mille jeunes derrière Paul Biya en 2025 » en amont de la présidentielle d’octobre, une mobilisation jugée mitigée alors que l’intéressé revendiquait la présence de 450 000 jeunes. Du militantisme politique aux marchés institutionnels, l’itinéraire de cet acteur illustre une certaine porosité entre sphères partisane et contractuelle qui caractérise une partie de la vie publique camerounaise.

Ce dossier de l’assurance médicale des députés n’est pas nouveau, et il a déjà coûté cher à un haut fonctionnaire. En février 2022, la question avait provoqué un conflit ouvert entre le président de l’Assemblée nationale et le secrétaire général de l’époque, Gaston Komba, un désaccord qui avait abouti au limogeage de ce dernier après moins de deux ans à son poste. Un précédent qui montre à quel point ce dossier cristallise des enjeux de pouvoir et d’argent bien au-delà de la simple couverture médicale.

Au fond, ce qui dérange dans cette affaire, ce n’est pas qu’un parlement cherche à garantir à ses membres un accès à des soins de qualité. C’est la méthode : un voyage à Istanbul, une signature discrète, un intermédiaire bien introduit, et aucun chiffre rendu public. Dans un pays où les hôpitaux publics manquent cruellement de moyens et où des millions de citoyens n’ont accès à aucune forme de couverture maladie, l’Assemblée nationale se soigne à l’étranger, en silence.

?s=32&d=mystery&r=g&forcedefault=1 Cameroun : Cavaye Yeguié Djibril confie la prise en charge médicale des députés à un prestataire turc  
La Rédaction

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