[Vitrine du Cameroun] – Entre néologismes sémantiques, emprunts culturels et créations populaires, Téguia Bogni linguiste et gastro-stratège, présente l’origine et la signification de cinq mots et expressions du camfranglais apparus ou popularisés récemment dans les usages oraux et sur les réseaux sociaux au Cameroun.« Débrancher la joie », « détacher le koki », « solétiser », « sousoualengué » et « vie du poulet », sont analysées ici à partir de leurs contextes d’apparition et de leurs sens en usage.

Les origines de 5 expressions et mots camfranglais à connaître en 2026

Chaque année, de nombreux mots et expressions font leur apparition dans le camfranglais, un parler argotique du Cameroun, et se diffusent aussi bien à l’oral qu’à l’écrit, notamment sur la toile. J’en ai identifié cinq, dont les origines étonnantes, mais surtout intéressantes, méritent d’être partagées. Il s’agit précisément de : « débrancher la joie », « détacher le koki », « solétiser », « sousoualégué (en) » et « vie du poulet ».

Débrancher la joie

Bien connue des Camerounais, l’expression « débrancher la joie » est un néologisme sémantique, qui a probablement été rendu populaire ces derniers temps à la suite d’une vidéo dans laquelle la créatrice de contenus culinaires d’origine française, Melo Aleau, partage une histoire vécue. Dans les embouteillages de Douala, elle a assisté à une altercation verbale au cours de laquelle un chauffeur taxi a dit à un chauffeur de taxi-moto : « Arrête de montrer tes dents, hein ! Je vais te débrancher ta joie. »

« Débrancher la joie » d’une personne, qui est vraisemblablement une abréviation de « débrancher le courant qui alimente la joie » d’une personne, signifie « interrompre le bonheur, la joie d’une personne » ou agir de sorte à affliger, décevoir ou frustrer son vis-à-vis. Par prolongement, toute personne qui débranche la joie d’une autre peut être considérée comme un trouble-fête ou un rabat-joie. 

Détacher le koki

« Détacher le koki » est une locution gastronymique, que j’ai lue et entendue pour la première fois sur Facebook dans les différentes sorties de l’influenceur WarMan du Terre à Terre. Elle signifie littéralement « détacher les ficelles du string ». Si l’on examine les choses attentivement, il y a dans cette expression comme un rapport entre détacher les ficelles du koki et détacher les ficelles du string pour, en fin de compte, consommer le contenu, par analogie entre le mets (alimentaire) et le sexe (charnel), qui est emballé…

Pour rappel, le koki est une spécialité culinaire du Cameroun, une papillote naturelle. Il s’agit précisément, dans sa recette la plus connue, d’une pâte culinaire à base de cornille, encore appelée haricot-koki ou niébé, et d’huile de palme, le tout emballé et ficelé, en forme d’aumônière, dans des feuilles de bananier et de marantacée (les mêmes qui servent habituellement à emballer le miondo ou le bobolo qui sont, pour leur part, des pâtes culinaires à base de tubercule de manioc frais roui).

En définitive, « détacher le koki » signifie faire l’amour. Par métonymie (ici, le fait de prendre une chose pour son tout), le koki désigne de plus en plus une personne de sexe féminin.

Solétiser

Le verbe « solétiser » a comme synonymes les locutions verbales suivantes : « aller au sol » et « mettre le dos (d’une personne) au sol ». Ces locutions verbales, y compris le verbe « solétiser », signifient alors faire l’amour.

Remarquez que « solétiser » est composé du radical sol-, suivi d’un -é- euphonique et d’un -t- épenthétique, puis du suffixe -iser. On peut s’aventurer à penser que le sol fait ici référence au lit ; de ce point de vue, « solétiser » aurait par conséquent les sens d’aller au lit et, figurativement, de coucher avec une personne.

De plus en plus utilisé par les locuteurs du camfranglais (ou pas), on note une abondante utilisation de ce verbe sur Facebook, notamment dans les productions écrites de la page « Le Metisse Bafou et les Proverbes ».

Sousoualengué (en)

Zouzoi a léguer ho (Zouzoi a léguer) /A léguer Zouzoi a léguer ho (Zouzoi a léguer) /Faut pas dire à quelqu’un (Zouzoi a léguer) /Ça c’est secret d’Africain (Zouzoi a léguer).

Ces mots ne vous rappellent-ils pas quelque chose ? Bien sûr que si, ce sont les paroles, plus exactement le refrain, de « Secret d’Afrique », une musique du Magic System, sortie en 2000.

Pour résumer cette musique, le célèbre groupe ivoirien y raconte l’histoire d’un certain Fred qui, sur le point de voyager pour la France, s’est confié à son ami, Zouzoi, non sans lui demander de n’en parler à personne. Sauf qu’une fois arrivé chez lui, Zouzoi l’a dit à sa femme, en l’exhortant, elle aussi, de garder le secret pour elle. À son tour, la femme de Zouzoi a mis à quelqu’un d’autre au courant. C’est ainsi que, par le bouche-à-oreille, l’information s’est répandue comme une traînée de poudre, à tel point que le jour du voyage de Zouzoi, tout le quartier, y compris ses créanciers, était présent à l’aéroport.

Comme on peut le noter, sousoualengué résulte de l’agglutination des trois termes suivants : Zouzoi + a + léguer, suivie d’une déformation… « En sousoualengué » est une locution adverbiale qui signifie en secret, en catimini, à l’insu d’une personne, voire à l’improviste ou à demi-mot.

Se pourrait-il que Peupah Zouzoua, pseudonyme du blogueur camerounais Florian Wambe, vienne du nom du personnage Zouzoi ? Car, à bien y regarder, l’un et l’autre ont un penchant pour ébruiter les secrets ou les informations.

Vie du poulet

D’origine incertaine, la « vie du poulet » se rapporte à des moments plus ou moins spéciaux marqués par la recherche des plaisirs de la vie, en particulier ceux liés à la chair.  Pour mieux cerner le sens de cette expression, il faut avoir à l’esprit la vie très courte, de quelques semaines, d’un poulet de ferme qui, destiné à la consommation humaine, se gavent de la provende remplie d’hormones de croissance, ingurgite de l’eau chargée de produits antibiotiques et dort à longueur de journée, puis, du jour au lendemain, passe sous la dent des humains.

Ce n’est donc pas un hasard si les artistes musiciens La chacala et Le yendel la résument en camfranglais ainsi qu’il suit : tchop, jong, fom, cass nang, c’est-à-dire respectivement manger, boire, faire l’amour et dormir, dans leur musique intitulée « La vie du poulet », sortie en 2025. Mbolé for the Worldwide.

Par Téguia Bogni, linguiste et gastrostratège, chargé de recherche au Centre National d’Éducation/Ministère de la Recherche scientifique et de l’innovation.

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La Rédaction

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