Droits numériques : Paradigm Initiative et Civic Watch réunissent différents acteurs du secteur pour un atelier à Yaoundé

[Vitrine du Cameroun]- Yaoundé a accueilli, lundi 8 juin 2026, une importante rencontre consacrée à la gouvernance des droits numériques au Cameroun. Organisé à l’United Hôtel International par Paradigm Initiative, en partenariat avec Civic Watch, l’atelier s’inscrivait dans le cadre de la Série d’engagement sur les politiques numériques (DIPES). Durant une journée, représentants des administrations publiques, régulateurs, organisations de la société civile, experts juridiques, journalistes et acteurs du numérique ont examiné les principaux textes qui encadrent l’espace numérique camerounais.

Les discussions ont principalement porté sur deux piliers du cadre juridique numérique camerounais : la Loi n°2010/013 du 21 décembre 2010 régissant les communications électroniques, modifiée par la Loi n°2015/006 du 20 avril 2015, ainsi que la Loi n°2010/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et à la cybercriminalité, complétée par plusieurs réformes ultérieures. À travers cette revue législative, les participants ont cherché à mesurer dans quelle mesure ces textes répondent aux exigences africaines et internationales en matière de protection des droits numériques et des libertés fondamentales.

Pour les organisateurs, le contexte actuel justifie pleinement cette démarche. Représentant de Civic Watch, Desmond Ngala a souligné l’importance d’un dialogue davantage ancré dans les réalités locales, notamment après les conclusions du rapport Londa publié plus tôt cette année par Paradigm Initiative sur l’état des droits numériques en Afrique. Selon lui, ces échanges permettent de rapprocher les différents acteurs concernés et d’ouvrir un espace de discussion constructif sur les défis auxquels le Cameroun est confronté.

Des lois nationales confrontées aux standards internationaux

De son côté, Moussa Wally Sene, responsable des programmes francophones de Paradigm Initiative, a rappelé que les droits numériques ne constituent pas une nouvelle catégorie de droits, mais l’application dans l’espace numérique des droits humains universellement reconnus.

« Les droits de l’homme à l’ère du numérique sont les mêmes droits consacrés par les instruments internationaux. La question est de savoir si nos lois nationales sont conformes aux orientations africaines et internationales qui visent à protéger les citoyens dans l’environnement numérique », a-t-il expliqué.

Pour lui, cette session d’engagement sur les politiques numériques vise avant tout à identifier les lacunes et les angles morts des textes existants afin de formuler des recommandations à l’intention des législateurs. L’ambition est de favoriser l’adoption de réformes permettant un meilleur équilibre entre impératifs de sécurité et respect des libertés fondamentales.

Les discussions ont également bénéficié de l’expertise de Thobekele Matimbe, spécialiste zimbabwéenne des droits numériques et stratège reconnue sur les questions de gouvernance numérique en Afrique. Dans son analyse, plusieurs lois adoptées sur le continent pour protéger les citoyens comportent paradoxalement des dispositions susceptibles de restreindre certaines libertés fondamentales.

Elle cite notamment les infractions liées à l’expression en ligne, les dispositions assimilées à la sédition ou encore la criminalisation des « fausses informations », présentes dans plusieurs législations africaines. Selon elle, ces mécanismes peuvent avoir des conséquences importantes sur la liberté d’expression, particulièrement pour les journalistes et les citoyens qui utilisent quotidiennement les plateformes numériques.

« Nous constatons que certaines mesures destinées à protéger les populations finissent parfois par porter atteinte aux droits humains. Les journalistes, les défenseurs des droits et les citoyens ordinaires sont souvent les premiers concernés par les effets de ces dispositions », a-t-elle relevé.

L’experte estime toutefois que des alternatives existent. Elle plaide notamment pour le renforcement de l’éducation numérique, la sensibilisation des communautés à l’usage responsable des plateformes en ligne et une collaboration accrue entre gouvernements et organisations de la société civile.

Entre impératifs sécuritaires et respect des libertés fondamentales

Autre sujet largement débattu : les restrictions d’accès à Internet observées dans certains pays africains. Pour Thobekele Matimbe, les coupures d’Internet et le blocage des réseaux sociaux produisent généralement davantage d’effets négatifs que de solutions durables.

« L’accès à Internet est aujourd’hui intimement lié à la liberté d’expression et à l’accès à l’information. Au-delà des droits fondamentaux, les coupures affectent aussi l’économie, les activités commerciales et le développement », a-t-elle soutenu.

Au terme des travaux, plusieurs recommandations ont commencé à émerger. Les participants ont notamment insisté sur la nécessité d’un dialogue permanent entre pouvoirs publics, parlementaires, magistrats, forces de sécurité, journalistes et organisations de défense des droits numériques.

Interrogés sur la manière dont ces recommandations seront portées auprès des décideurs, les responsables de Paradigm Initiative et de Civic Watch ont indiqué que des actions de plaidoyer sont déjà envisagées à l’approche de la prochaine session parlementaire. Ils entendent également poursuivre les efforts de sensibilisation et de formation auprès des acteurs chargés de l’application des lois.

Les organisateurs se montrent optimistes quant aux perspectives de collaboration avec les institutions camerounaises. Selon eux, les autorités reconnaissent de plus en plus la nécessité d’adapter les cadres juridiques aux réalités d’un environnement numérique en constante évolution.

Cette rencontre s’est finalement achevée sur un constat partagé : les droits numériques sont avant tout des droits humains appliqués à l’espace cybernétique, conformément aux principes consacrés par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et réaffirmés dans plusieurs instruments internationaux. Dans cette dynamique, les participants sont repartis mieux outillés pour contribuer aux débats sur la gouvernance numérique au Cameroun et en Afrique. Ils ont également formulé plusieurs pistes d’amélioration destinées à renforcer la protection des droits numériques sur le continent, dans l’esprit de la Convention de Malabo adoptée par l’Union africaine en 2014.

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Keyza MZ

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