[Vitrine du Cameroun] – Le Ministère de la Défense a rendu public le 12 juin un communiqué officiel révélant l’arrestation d’un officier de l’armée camerounaise pour agression sexuelle sur une adolescente de 15 ans.
Dans un communiqué signé par le Capitaine de Vaisseau Atonfack Guemo Cyrille Serge, Chef de Division de la Communication, le Ministère de la Défense a confirmé qu’un grave incident s’est produit le mercredi 10 juin 2026, aux alentours de 15 heures, dans l’enceinte du détachement militaire de Natchigal, arrondissement de Ntui, département du Mbam-et-Kim, région du Centre.
Le mis en cause est le Sous-Lieutenant MOUACK Boris, officier du 2ème Bataillon d’Intervention de la Brigade du Quartier Général, et chef du détachement cantonné dans cette localité. Il est accusé d’avoir commis une agression sexuelle sur une mineure de 15 ans qui s’était rendue au camp militaire, envoyée par ses parents pour y récupérer un colis. C’est l’intervention des gardes alertés par les cris de détresse de la victime qui a permis la maîtrise de l’officier, arrêté sur les lieux mêmes du crime.
Un officier en détention préventive, une victime sous suivi médical
Placé sous les verrous, le Sous-Lieutenant MOUACK Boris a été transféré dans les locaux disciplinaires de la Division de la Sécurité Militaire à Yaoundé. De son côté, la jeune victime a été hospitalisée en urgence dans une structure sanitaire militaire, avant d’être confiée à des spécialistes. Ses parents et ses proches bénéficient d’un accompagnement psychologique assuré par des équipes du Ministère de la Défense.
Le Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense a exprimé sa « profonde sollicitude » à la famille de la jeune victime, et a assuré de la prise en charge psycho-médicale continue. Des mesures disciplinaires et judiciaires doivent être engagées « au terme des enquêtes en cours », précise le texte officiel, qualifiant les faits de « grave atteinte à l’honneur et à l’éthique ».
La publication de ce communiqué constitue, en elle-même, un acte inhabituel. Les forces armées camerounaises sont rarement promptes à rendre compte publiquement des dérives de leurs membres. En cela, cette communication officielle pourrait s’interpréter comme un signal volontariste à l’adresse de l’opinion publique, dans un contexte national où la protection des enfants est devenue un sujet de mobilisation citoyenne intense.
Un pays en crise sur la protection de l’enfance
Les faits de Natchigal surviennent dans un climat profondément marqué par une succession d’affaires de violences sexuelles sur mineurs qui ont ébranlé la société camerounaise ces derniers mois. En mars 2026, l’affaire Divine Mbarga Atangana avait plongé le pays dans la consternation. Cette fillette de onze ans avait été enlevée à Nkoabang, à Yaoundé, retrouvée morte le lendemain, victime d’un viol suivi d’un meurtre. Ce crime avait relancé avec force le débat sur la sécurité des enfants au Cameroun.
En juin 2026, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, entouré de plusieurs membres du gouvernement, avait dressé un constat préoccupant sur l’ampleur du phénomène, reconnaissant que ces violences concernent plusieurs régions du pays et touchent principalement des enfants en bas âge, survenant aussi bien dans le cadre familial que dans certaines structures sociales.
Face à la multiplication des affaires, l’Ordre des avocats au Barreau du Cameroun a annoncé début juin 2026 la mise en place d’une « cellule spéciale d’assistance juridique gratuite » au profit des victimes de viols sur mineurs et de leurs familles. Le Barreau avait aussi dénoncé les arrangements à l’amiable qui, selon l’institution, favorisent l’impunité des agresseurs.
Un cadre légal qui prévoit de lourdes peines
Sur le plan juridique, les peines requises pour les cas d’abus, de viol des enfants ou de rapports sexuels avec mineur(e) peuvent atteindre jusqu’à 25 ans d’emprisonnement ferme en droit camerounais. Le cas de l’officier MOUACK Boris est d’autant plus grave que l’agression a été commise dans une enceinte militaire, sur une victime envoyée par ses parents, ce qui constitue un abus de confiance manifeste doublé d’un manquement grave aux devoirs de l’état militaire.
Le Cameroun s’est pourtant doté, avec l’appui de l’UNFPA, d’un Plan d’Action National 2022-2026 engageant ses forces de défense et de sécurité à la prévention des violences sexuelles, en affichant une tolérance zéro vis-à-vis de l’exploitation et des abus sexuels commis par le personnel militaire. L’affaire de Natchigal vient rappeler le fossé qui peut exister entre les engagements institutionnels et la réalité du terrain.
La question de la suite judiciaire donnée à ce dossier sera décisive : la justice militaire camerounaise aura à démontrer que l’uniforme ne saurait être un bouclier contre la loi.










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